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TÉMOIGNAGE DE DEUX COMPAGNONS D'ÉTUDES

Témoignage écrit par le P. Edouard Glotin et le P. Albert Vanhoye, compagnons d'études du P. Bernard, paru dans Compagnie, courrier de la province jésuite de France – octobre 2001.

Printemps 1940. De Berck, sa ville natale, on fuyait l'armée allemande. "Pourquoi moi à l'arrière du camion, sur ces sacs, les bras en croix?" Il datait de cet instant son retour à Dieu qu'il avait quitté, à sa sortie d'enfance, le soir où il avait refusé à sa mère de faire sa prière.
Né le 18 mars 1923 d'une famille modeste de quatre enfants – son père, corse d'origine, était facteur et sa mère recardait les vieux matelas -, il venait d'entreprendre deux années d'Ecole normale dont il devait garder le don de l'enseignement. Bientôt un premier contact avec le thomisme allait illuminer pour toujours son intelligence et, le 28 septembre 1943, il frappait à la porte du noviciat de Champagne réfugié dans le Sud-Ouest.
Dès sa philo à Vals (1947-1950), une précoce réputation de surdoué lui valait l'affectueux surnom de "noûs" (prononcez le 's'), c’est à dire d'Intellect, au sens d'Aristote. Mais il faut savoir que ses maux de tête du juvénat l'avaient d'abord fait douter de pouvoir faire un jésuite: "Je me suis donné à la Compagnie, avait-il réagi. A défaut d'étudier, je serai frère".
Au printemps 1950, la mention Très Bien récompensait, à Montpellier, le mémoire de son D.E.S. de philosophie sur L'affirmation d'existence chez Kant. "Il est de notre race", concluait, ce jour-là, Ferdinand Alquié, son maître agnostique.
Pourtant Charles André vivait ailleurs: "Seule la spiritualité m'a jamais vraiment intéressé", devait-il confier à ses pairs, le jour de sa cinquantaine de Compagnie, près de conclure une carrière de professeur (1962-1996), puis de doyen (1990-1996) à l'institut de Spiritualité de la Grégorienne.
"Quelle fut la pointe de son enseignement, s'interrogeait l'Osservatore romano du 8.02.2001? Ce fut indubitablement son effort pour éclaircir le rapport entre théologie et spiritualité en le fondant sur de solides bases anthropologiques, - tant en établissant la scientificité de la théologie spirituelle qu'en travaillant à faire de la spiritualité une authentique source doctrinale. L'Institut de Spiritualité choisit donc comme thème des Mélanges en son honneur celui d'Esperienza e Spiritualità [Pomel, Rome, 1995]. En fait, tout l'effort de sa théologie gravite autour de ce noyau de l''expérience spirituelle' considéré dans toute son amplitude: 'J'ai cherché, affirmait la préface de sa Théologie spirituelle" [Cerf, Paris, 1986], à adhérer à la totalité de cette expérience, sans exclure celle qui se développe en dehors de la sphère chrétienne".
Ceci explique le choix antécédent des sujets de son double doctorat ecclésiastique: Nature et volonté chez saint Thomas d'Aquin (Chantilly 1951) pour la philosophie; Théologie de l'espérance selon saint Thomas d'Aquin (Vrin, Paris 1961) pour son biennium romain de théologie. Mais la nouveauté de sa Théologie affective (Cerf, Paris, 1984) sera faite de la conjonction, rare chez un intellectuel, d'une exceptionnelle force spéculative et d'une science pratique de la psychologie, dont dès Vals la lecture de Pradines avait aiguisé le goût.
Bien avant qu'en 1986 Jean Paul II n'ait rappelé à la Compagnie sa mission historique, il s'était pénétré de notre charisme du Cœur de Jésus, témoignait lors de sa sépulture son ami le P. Albert Vanhoye, - qui se souvient, comme nous, de l'Equipe Saint-Jean qu'il réunissait chaque mois, à Vals, autour du thème. Dès cette époque, il avait perçu ce que le P. Arrupe appellera "la dunamis enclose dans ce symbole": en nous le confiant, le Seigneur nous avait mis lui-même en main la clef de l'expression mystique. A l'école du Pseudo-Denys, Charles André ne cessa dès lors d'œuvrer à la confluence, sans confusion, de la théologie rationnelle et d'un autre langage qu'il devait s'appliquer à décoder dans sa Théologie symbolique (Téqui, Paris, 1978). C'est la méconnaissance de ce langage, plaidait-il, qui avait occasionné la condamnation de théologiens mystiques tel Eckhart.
Le Dieu des mystiques, son maître ouvrage, se veut non une impossible histoire de la mystique chrétienne, mais une typologie sélective de quelques grandes expériences. Son premier tome (Les voies de l'intériorité, Cerf, Paris 1994) résume l'incessante relecture de Jean de la Croix qu'il mettait l'été au service de carmels français, en attendant qu'elle l'accompagne lui-même à l'hôpital. Le suivant (La conformation au Christ, 1998) souligne le rôle fondateur de l'expérience de sainte Marguerite-Marie. Quant au troisième (Mystique et action, 2000), il accorde évidemment de longues pages à Ignace. La publication posthume d'un ultime tome, récapitulant sa vision de la Théologie mystique, est confiée au professeur Maria Giovanna Muzj, sa fidèle traductrice: "Il a déclaré à plusieurs personnes, dont moi-même, rapporte celle-ci, que l'ouvrage pouvait être imprimé tel quel, parce que, tout en n'étant pas terminé, il contenait toute la partie de réflexion théorique qui en constituait l'essence, la suite n'étant destinée qu'à être une exemplification à partir des auteurs étudiés dans les trois premiers volumes". "Si Dieu veut me prendre avant que j'aie terminé, concluait-il, c'est qu'il n'a pas besoin de la suite".
Avec un tel palmarès, "on risquerait, écrit le P. Herbert Alphonso, son collègue de la Grégorienne, de se faire de lui l'image d'un savant abstrait. Il était tout autre. Tandis que de ses expériences de jeunesse il avait gardé un esprit libre - ou mieux: 'autonome', au bon sens du mot -, sa simplicité traduisait une bienveillante humanité. Gardant jusqu'au bout la passion de la politique et du sport, c'était un tempérament optimiste, et même, selon certains, un optimiste invétéré." Ses nombreuses dirigées, en tout cas, bénéficièrent de cette robustesse de caractère et ses amis, auxquels il était d'une extrême fidélité, appréciaient son affectivité riche et profonde.
L'accident ne fut pas circulatoire comme en 1989. Ce devait être un cancer de l'œsophage qui, vieux de deux ans, l'emporterait en cinq semaines en dépit d'une chirurgie de dix heures. A la veille de l'hôpital, il respirait une paix due aux longues heures que, maintenant, il passait, de jour et de nuit, à la chapelle, prenant le temps d'y renouveler l'offrande de sa vie: "Un jour, je le vis tout rayonnant d'une joie intérieure, témoigne Maria Giovanna, sa fille de prédilection. On voyait le bleu de ses yeux et il paraissait 15 ou 16 ans, comme je l'avais vu quelquefois dans le passé". Sur son lit d'opéré, il souffrit beaucoup, les larmes aux yeux, mais sans une plainte.
Avec l'ingénuité d'un enfant éduqué à l'école de Thérèse, il avait demandé, il y a très longtemps, de "mourir d'amour". Mais, comme Thérèse aussi, il savait que "mourir d'amour, ce n'est pas mourir dans les transports". Encore lucide l'avant-veille de sa mort, comment vécut-il en fait l'instant suprême? C'est le secret de sa dernière nuit solitaire, le 1er fevrier 2001, à 3 h du matin.

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TÉMOIGNAGES DE PERSONNES DE LA FAMILLE

La sœur ***
***, Belgique, le 28 mars 2001

Nous étions les 4 petits enfants d'une famille de marins qui a la vie dure, mais nous avons tous eu une enfance heureuse et sans soucis, entre un père aimant mais difficile à cerner et une mère que nous adorions et qui nous passait tous nos caprices d'adolescents, sauf peut-être celui qu'André lui a fait 2 jours avant sa communion solennelle.
N'ayant jamais voulu apprendre son catéchisme, Monsieur le Curé est venu apprendre à ma mère qu'il ne pouvait communier mon frère. Sur cette entrefaite André est arrivé et devant les pleurs et le désarroi de ma mère il a tout de suite compris la situation et promis à ma mère qu'il la ferait. Il a appris son catéchisme par cœur dans l'après-midi et tout est rentré dans l'ordre.
Plus tard, quand ma mère était fière de ce que son fils était devenu, elle racontait cette anecdote mais toujours avec le sourire.
Nous avions un ami prêtre qui venait souvent chez nous et que les Berckois considéraient comme un saint. Il est malheureusement tombé à la guerre. Quelques jours après ce décès André est revenu d'Arras où il était instituteur et a annoncé à la famille qu'il rentrait dans les ordres. Mon père s'y est opposé mais rien n'y a fait. Par la suite, pour Berck André était celui qui avait été appelé par Dieu pour remplacer l'Abbé Vandewalle.
Tout Berck aimait mon frère pour sa gentillesse et l'art qu'il avait de ne jamais faire de différence entre les gens de tous partis où il était toujours invité pour reparler du passé et se remémorer toutes leurs farces d'écoliers. C'est aussi pour cette raison que lors des réunions familiales aucune allusion n'était faite entre les 3 frères qui avaient des idées opposées sur la religion et la politique.
André était toujours fort heureux au mois d'août où il prenait toujours un bain d'adolescence en pouvant parler le patois (langue qu'il était fier de connaître à fond).
Etant jeune, il était connu pour un enfant qui était incapable de marcher dans la rue sans un livre dans la main puisqu'il lisait du matin au soir, quand il n'était pas à la pêche ou dans les dunes avec le chien.

* * *

La veuve de *** [jeune frère du P. Bernard]
France, le 6 août 2001

Penser qu'une telle intelligence, un tel esprit éclairé d'une foi si profonde, si complète, cette personnalité si forte, que tout cela ait pu disparaître, être anéanti à tout jamais? Je n'ai pas encore admis qu'il ne soit plus.
André me parlait de son travail, de ses écrits - écrire était pour lui un chemin spirituel -, de la parution de ses livres mais pas de lui-même.
Jean [le frère aîné] m'a raconté un jour l'épisode de la première communion, communion solennelle d'André. […] La maman préparait la fête: tenue de communiant, repas etc… Lorsqu'à trois jours de la cérémonie le curé de la paroisse est venu dire à Mme Bernard qu'André ne ferait pas sa communion n'ayant jamais assisté au catéchisme.
Consternation générale. Au retour d'André, il était à l'extérieur le plus clair de son temps… sa mère le lui raconte. Réaction d'André: Continue les préparatifs dit-il à sa mère, je ferai ma communion, j'en fais mon affaire. Et là-dessus, il s'en va trouver le curé qu'il commence par enguirlander. Pourquoi avoir tourmenté sa mère? Il ne s'agit que de catéchisme? Et bien, si, dans deux jours, il connaît le catéchisme par cœur, pourra-t-il faire la communion? Léger embarras du curé qui cependant acquiesce. Deux jours après André annonce au prêtre qu'il peut l'interroger à n'importe quelle page du livre, il sait tout par cœur. Et c'était vrai. Il communie donc le lendemain. Mais l'après-midi, à l'heure des Vêpres, il a plu, André a bu du vin, en sortant il glisse dans une flaque. Il revient sur ses pas et déclare: la communion est finie, pas de Vêpres. Détermination, autorité, désinvolture aussi, d'un gamin qui n'avait pas douze ans.
Parlant de sa vocation tardive avec Roger, André lui confiait que c'était le souvenir d'un abbé, les paroles qu'il lui avait dites un jour qui l'avaient fortement marqué. L'Abbé avait une équipe de foot-ball dans son patronage. André faisait partie d'une autre équipe. Il aimait beaucoup et pratiquait différents sports. Les deux équipes s'affrontaient dans des matchs organisés. L'Abbé ne pouvait pas ne pas avoir remarqué la forte personnalité, l'intelligence d'André, ainsi que sa position anti-religieuse. Je ne sais dans quelle circonstance l'abbé lui a dit un jour qu'il donnerait sa vie pour lui. André fut profondément impressionné. L'Abbé est mort à la guerre. André a alors complètement changé.
La grâce de Dieu était sur lui, était en lui.

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Une nièce
France, le 14 janvier 2002

J'ai toujours, plus ou moins régulièrement, maintenu un contact épistolaire avec "Tonton André" comme nous l'appelions tous, ses neveux et nièces. Nos lettres étaient sincères sans être aussi intimes que je l'aurais voulu, mais j'avais un peu de difficulté à me confier totalement: sa grande spiritualité m'intimidait, me retenait. Mais mon admiration pour lui était aussi forte que mon affection et je pense très souvent à lui; il me manque. J'ai réalisé après sa mort, la grande perte que celle-ci impliquait.

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TÉMOIGNAGES D'AMIS

Un ami de l'École Normale
France, le 12 juillet 2001

Oui, nous savions que Charles Bernard nous avait quittés…
Le père Charles Bernard "ne nous a pas laissés orphelins", car ses ouvrages si nombreux, si denses, si précieux ne laisseront pas de nous donner de lui, l'essentiel de ses travaux, de ses préoccupations, de ses découvertes, de tout ce qu'il aimait – "car quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu".
Et il faut bien avouer que, pour mon propre compte je n'ai lu qu'une toute petite partie du Dieu des mystiques, celle qui concernait plus étroitement Ste Thérèse de Lisieux… Et je me rappelle plus particulièrement ce que disait Thérèse de Lisieux le 11 juillet 1897 (c'était hier le 11 juillet 2001, l'anniversaire de cette magnifique déclaration: "Dites bien, ma mère, dites bien que si j'avais commis tous les péchés du monde, j'aurais toujours la même confiance"). Je me trompe peut-être, mais je crois que l'esprit, la portée, la lumière de ce témoignage étaient demeurés présents à la pensée de notre cher père Charles Bernard.
Vous trouverez sous ce pli une reproduction d'une photo de 1940: nous étions trois camarades "réfugiés" à l'Ecole normale d'Aurillac. De gauche à droite celui qui vous écrit; au centre Charles Bernard, avec un soupçon d'auréole au-dessus de sa tête (on l'avait souvent "blagué" à ce sujet), à droite Raymond Jacquenod mort le 30 juin 1999 (et qui termina sa carrière en tant qu'inspecteur général de l'Education).
Charles André s'est-il converti en 1941? C'est une question que je me pose parfois… C'est un simple souvenir. J'avais invité mes deux vieux camarades à venir à la messe du dimanche à St. Géraud, à Aurillac où nous étions alors, et c'était un peu par vanité, car je chantais un motet de l'organiste: "Verbe éternel venu sur terre"… et je souhaitais faire entendre cette composition d'Henri Imperaire (l'organiste) à mes amis… Bref, passons sur bien des détails, mais à ma grande surprise, en sortant de la messe voilà que Charles Bernard déclare, à Raymond Jacquenod et à moi-même:
"Je suis converti!…"
Je n'ai jamais cru vraiment à cette parole… Mais soixante ans plus tard, je me pose vraiment la question. Qui sait?
Curieusement d'ailleurs "Notre Dame du Chœur devenue Notre Dame du Cœur" pourrait bien être à l'origine de cette "conversion". Et si l'on relit ce témoignage de Pâques 1948, ces lignes que vous avez su retenir dans l'ensemble des pages diffusées par vos soins fidèles:
"O Jésus, Verbe de Dieu…

…le primat de l'amour sous le signe de votre Cœur"

on ne peut s'empêcher (comme moi de relier Aurillac, nos rencontres, notre vieille amitié, le "Verbe éternel" du motet d'Henri Imperaire, le "Je suis converti" de Charles, Notre Dame "du Chœur" du "Cœur", les Cœurs de Marie et de Jésus…
et tout le Reste, mystérieux inexprimable… auquel nous sommes tous reliés, et qui nous donne "lumière et force" comme le souhaitait notre ami à Pâques 1948.

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Un ami
France, le 7 juin 2001

A la suite d'un rencontre fortuite, oserai-je dire un heureux hasard? Le Père Charles-André était devenu pour moi un vrai ami et je me faisais une joie chaque début d'Août depuis 1986 ou 1987 de la perspective de le rencontrer à Berck. Nous allions passer des après-midi de pêche ensemble et nous partagions plusieurs repas chaque année.
Je lui dois beaucoup. Non seulement d'avoir bénéficié de la sérénité qui émanait de son humble personne, mais aussi de ses enseignements. Ils ont dégrossi l'ignare que j'étais quant à l'Eglise en s'évertuant de me la faire comprendre de l'intérieur.
Un jour à table, je m'en souviens comme si c'était hier encore, je lui ai demandé ce qu'était le mysticisme. C'est alors qu'il s'est totalement révélé à travers des propos passionnés, passionnants et communicatifs. Ils ont pour une large part contribué à faire progresser ma façon de voir le monde.
Nous n'avons pas beaucoup correspondu. […] Nous n'avons eu recours à l'écriture que quand il m'a aidé à préparer un mémoire nécessaire à une procédure ecclésiastique. Il m'a alors fait saisir l'écart entre la justice de ce monde et celle de l'Eglise. A travers cela, c'est toute une formation sur cette dernière qu'il a fait passer, en douceur, sans grand discours.
Avec lui, j'ai perdu un ami vrai, avec qui je pouvais échanger en toute liberté, dans un climat de bienveillance qui facilitait l'extériorisation de mes pensées et leur affinement. Nous ne dialoguions qu'une fois l'an, pendant plusieurs jours, il est vrai, en dehors de quelques échanges téléphoniques sur des sujets précis. C'était dans un climat particulièrement propice à des échanges profonds. Quelles richesses je lui dois! C'est un pan de ma vie qui a disparu avec son brutal décès.

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TÉMOIGNAGES DE PERSONNES QUI ONT CONNU
LE P. BERNARD COMME PROFESSEUR, COMME PRÊTRE
OU COMME GUIDE SPIRITUEL


S.E. Mgr *** ***
***, France, le 9 septembre 2001

Quand j’étais à Rome […] j’allais assez souvent voir le Père Bernard pour conseils spirituels. J’appréciais son réalisme et sa profondeur. Je n’en ai pas profité suffisamment. Il m’avait offert plusieurs de ses livres.

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S. E. Mons. *** ***
***, Italie, le 13 juin 2001
[…] je vous remercie de tout cœur d'avoir pensé à moi et de m'avoir envyé quelques manuscrits de l'inoubliable P. Bernard. Sa mort m'avait frappé, mais je portais en moi les traits de sa profonde spiritualité, cordialité et amitié à mon égard et de sa grande compétence. Son départ laisse un vide à la fois dans le monde académique et dans la vie de beaucoup de personnes.

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Un prêtre
France, le 1er août 2001

[…] la triste nouvelle du "dies natalis" du P. Charles-André Bernard. Je l’ai rencontré personnellement une fois à Notre Dame de Vie et nous avions pu échanger fructueusement sur le thème de la "mystique apostolique", thème qu’il a abordé dans son volume sur Mystique et action.
Cette recherche nous passionnait (me passionne toujours) et nous avions pu convenir d’une convergence d’opinion à travers la diversité de l’approche ignatienne et de celle de Thérèse d’Avila.
Maintenant, il vit certainement cette union au Seigneur après laquelle ont soupiré tous les mystiques! Merci encore de m’avoir fait partager quelques confidences concernant sa propre recherche de l’union au Seigneur.

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Un écrivain qui a fait sa thèse de doctorat avec le P. Bernard
États Unis, le 2 juillet 2001

Je lis avec tristesse votre compte rendu de la mort du P. Bernard et je vous suis reconnaissant de m'avoir mis au courant. J'ai une dette de reconnaissance toute particulière envers le P. Bernard, parce que, sans son aide, probablement je n'aurais pas fini mon travail à l'Institut, qui avait été interrompu pendant plusieurs années. Il balaya les obstacles potentiels et dirigea lui-même ma dissertation, de cette façon tout arriva à une conclusion heureuse.

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Une carmélite
France

Nous avons toujours apprécié sa simplicité, sa disponibilité, sa manière d’exposer avec clarté des sujets complexes et parfois tellement au-delà de notre expérience commune.
Notre prieure d’ici, qui est originaire de la région de Berck où il passait quelques semaines chaque été, a été aussi frappée, en parlant avec lui de connaissances communes, de sa proximité avec les gens simples de son pays d’origine.

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Une religieuse missionnaire
France, le 21 mars 2001

Nous nous connaissions depuis bientôt 40 ans. Dès le début de ma vie religieuse, il m’avait guidée avec cette connaissance profonde qu’il avait de la personne, de la vie spirituelle et la fidélité de son amitié.
Le Père Bernard était vraiment un père pour moi et je lui dois ce que je suis devenue. […]
Le P. Bernard, dans sa maladie et sa mort, a été configuré au Christ qu’il aimait tant. Près de Dieu maintenant, il veille sur nous.

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Le 19 juillet 2001

Pendant près de 40 ans, à travers les étapes de ma vie religieuse missionnaire, en France, à Madagascar, à la Réunion, puis de nouveau, en France, il a été pour moi un père, un ami fidèle, un guide sûr dont l’amitié sans faille le liait aussi à ma famille.
Après de longues années de séparation, volontaire pour l’accueil des pèlerins du Jubilé, je le retrouvais à Rome en janvier 2000. Quelle joie de nous revoir! En septembre 2001, alors qu’il donnait une session aux carmélites de Compiègne, il me guidait pour ma retraite. Pendant plusieurs jours, nous avons prié, partagé, mangé ensemble. Nous mangions tous les deux dans le petit parloir, évoquant nos souvenirs, regardant l’avenir avec confiance. Il ne mangeait pas beaucoup. Cela m’inquiétait. Je lui en parlais. Il me dit qu’il n’avait pas faim, que cela lui suffisait, et je sentais qu’il ne voulait pas s’étendre sur ce sujet. J’étais loin de me douter de la réalité…
Sa connaissance de la vie spirituelle en faisait un guide extraordinaire qui m’a conduite à cette liberté intérieure vers laquelle toute vie intérieure doit tendre. Je lui dois beaucoup et, comme vous l’écrivez si bien, "son départ laisse un vide que rien ne peut combler".
Le projet de recueillir ses lettres ou conseils spirituels est une excellente initiative.

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Une mère de famille
France, le 11 juin 2001

Nous aimions beaucoup le Père qui a été toujours si bon à l’adresse de son ami prêtre à Cuisy, et prêtre de notre paroisse; depuis très longtemps nous le retrouvions chaque été et en sa compagnie tout devenait "si clair et si simple".
Il y a une dizaine d’années j’étais allée à Rome avec une amie, le Père avait emprunté une voiture pour nous acheminer à Assise. Il nous avait émerveillés une fois de plus par sa grande connaissance et son approche si vivante avec tous les grands saints; citant St. Bonaventure etc.. comme si il les connaissait vraiment.

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Une religieuse

France, le 27 juin 2001

Je l’ai peu connu mais assez pour apprécier sa haute intelligence, ses grandes connaissances, sa profondeur spirituelle.
Dans la préparation du colloque il m’avait vraiment soutenue par sa confiance inébranlable et sereine.
C’était un grand homme et si simple.

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Une religieuse
Italie

[…] Le P. Bernard a été pour moi le "Père Spirituel". Lui même décrit cette figure dans son livre "L'aiuto spirituale personale" [il n'existe pas d'édition française de ce livre]. Il a été un vrai don de Dieu! […] Le P. Bernard m'a prise par la main et j'ai senti en lui une sûreté/assurance qui me permettait de croire et d'avancer. Portée à douter et à rechercher des assurances intellectuelles sur lesquelles appuyer mon action, peu à peu j'ai dû laisser tomber idées, assurances et surtout jugements moraux. […]
Son regard était tourné vers le futur, riche d'espoir et de confiance, malgré mon aveuglement et ma faiblesse. Il savait saisir l'agir de Dieu. Je devinais que par expérience et par connaissance il connaissait les différentes étapes du chemin spirituel. Il me disait: "Mais Dieu seul sait le quand et le comment, nous devons patienter".
Il avait une connaissance humaine et spirituelle très grande, et moi j'ai toujours eu une grande envie de comprendre. Un jour il me dit: "Tu es têtue, mais Dieu est plus têtu que toi; avec les malins, il est malin. Dans le chemin spirituel, disait-il, on ne peut pas comprendre avant d'avoir fait l'expérience, seulement après avoir vécu, on connaît". Cela a été très dur pour moi. Très souvent j'ai exprimé ma souffrance de ne pas comprendre ce que j'étais en train de vivre. Aussi cette souffrance était vécue en communion, et il ne me laissait pas manquer l'aide, mais il n'a jamais cédé à mes requêtes d'explication sur ce que je vivais. Il se limitait à m'indiquer le chemin avec beaucoup de patience et quelque fois aussi avec son bon rire. […]
Lorsque j'exprimais mes difficultés dans les relations, il savait relativiser. Il orientait vers cette liberté tellement difficile dans les communautés de femmes, une liberté qui n'est pas un désintéressement à l'égard de la vie de l'autre, mais qui évite des comparaisons inutiles et stériles, sans se culpabiliser soi-même et sans non plus juger les autres, et qui évite surtout la curiosité féminine qui s'intéresse à ce qui ne la regarde pas. "Tu ne peux pas changer l'autre, disait-il, pourquoi t'en faire autant?" De cette façon il invitait à se remettre devant Dieu, avec sa propre réalité et à retrouver une attitude plus juste et plus libre. Il était en effet très libre et il était un homme de paix. […]
Tout ce que le p. Bernard a écrit et enseigné était étroitement uni à son expérience spirituelle […]. Il m'a dit: "Chaque livre naît dans la prière". Maintenant ses nombreux écrits et le souvenir de ce qu'il a vécu rendent sa présence vivante.


Une religieuse infermière
France, Pentecôte 2001

Les lettres du Père, qui étaient toujours très personnelles, et écrites dans des moments assez particuliers, je les ai détruites lors de mes mutations successives. Il me reste cette homélie qu’il a faite à l’occasion de mon jubilé d’argent de profession religieuse. Je vous la joins.
Il reste!… dans ma mémoire et dans mon cœur comme ce père, ce frère que le Seigneur a mis sur ma route en 1964, alors qu’une lourde épreuve familiale et une crise spirituelle me laissaient sans issue!
Le P. Bernard était alors à la Maison Mère… et je suis allée le voir à la Chapelle des confessions, vidant toute ma peine… devant quelqu’un qui m’apparaissait alors comme portant le cœur miséricordieux de Jésus lui-même. L’année d’après, en 1965, je le retrouvais pendant un mois pour la préparation aux vœux perpétuels…
Je crois que nous ne sommes plus quittés… tant de confiance, tant de complicités, tant de découvertes nous unissaient.
Evidemment il marchait à des km en avant, mais en donnant l’impression d’aller au même pas que moi.
Qu’il était humble!…
Mes parents, mes frères et sœurs ont eu la joie de le recevoir chez eux, de discuter avec lui, de plaisanter… et d’être réconfortés dans des moments difficiles… et d’autres, plus heureux.
Les fêtes! Il a été là à l’un ou l’autre anniversaire de mariage… à la fête de notre mère. Mes différentes communautés l’ont accueilli et mes sœurs ont bénéficié de ses entretiens, de ses célébrations eucharistiques et de ses homélies si bienfaisantes! J’ai été un jour à Berck, avec lui…, et à Cuisy en Almont dont je garde un souvenir si triste!…
La dernière fois que je l’ai vu, c’est à Rome le 3 octobre 1998, lors d’un Congrès de la Santé! Je ne pensais pas que ce fût la dernière fois!…
Lorsque j’ai téléphoné au Père, entre Noël et Nouvel An, il m’a parlé de sa prochaine hospitalisation, de l’opération sur l’œsophage qu’il devait subir. Il m’a parlé aussi de son dernier livre et de ses projets de vacances en été. Il était sûr de guérir, il avait une grande confiance en ses médecins. Il devait m’envoyer ses adresses de l’été pour que je puisse le rejoindre dans un des carmels, il m’a dit qu’il ne pouvait plus venir en […], il voulait éviter les trop nombreux déplacements…, vous savez, on vieillit… me disait-il…
J’avoue que j’ai encore de la peine à croire que je ne le reverrai plus ici-bas... Mais je suis sûre que de là où il est, il n’oublie personne de ceux qu’il a connus et aimés de son cœur si généreux.
Tout ce que vous avez dit, je l’ai aussi expérimenté. Son amour pour Dieu, sa constante recherche de la volonté du Seigneur, sa tendresse, sa patience son respect de chacun, sa largeur de vues… mais aussi sa profonde pitié, sa prière contemplative, sa propre vie mystique, jusqu’à désirer “mourir d’amour”… je ne le savais pas aussi précisément, mais je suis sûre de ce que vous dites.
Je crois que vous avez eu la grâce immense de grandir auprès d’un saint, au quotidien.

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Une trappistine
Italie

"Je pense souvent au […] P. Bernard qui, à mon avis, est un grand mystique.
Je me souviens toujours de la fois où je l'invitai à donner quelques journées de spiritualité aux Juniores à […]; je le voyais alors absorbé à la chapelle!
Ce qu'il disait, il le vivait.
Deo gratias pour ces témoins"

 

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Une femme consacrée
Argentine, le 11juin 2001

La dernière lettre que j’ai reçue du Père Bernard avait la date du 31 Décembre 2000. Il était bien à ce moment… tout semble avoir été très vite.
Je suis désolée… je le connaissais depuis 40 ans… et même si l’océan sépare l’Italie de l’Argentine, il était toujours présent à travers ses lettres…
Je me rappelle d’une de ses lettres quand est mort mon père:
14 septembre 1983
Le meilleur moyen que nous avons de nous préparer à l’offrande dernière que nous ferons de nous à Dieu, c’est encore de nous donner chaque jour aux autres. Si nous nous donnons dans la charité sans retenir pour nous notre temps et nos forces, nous nous accoutumons à vivre dans le don; le dernier instant sera alors celui du don suprême et définitif.
Son offrande dernière a été son don suprême et définitif au Dieu qu’il aimait avec toute la tendresse et la force de son cœur. Il était un mystique… un homme plein de la sagesse de Dieu.

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Une mère de famille
Italie

Le groupe "Lumen Christi" [un groupe de prière que le P. Bernard a guidé chaque samedi pendant plus de vingt ans] m'a beaucoup donné et m'a enseigné à regarder le Christ comme lumière du monde et lumière de ma vie et le P. Bernard a été mon maître. J'ai toujours eu en lui un point de référence et un appui sûr, toujours disponible à toute requête. Mais ce qui me frappa il y a 25 ou 26 ans, quand je le connaissais à peine, ce fut son humilité. Il venait souvent chez moi, lorsque ma fille souffrait d'une infection au pied et, se mettant à genoux, il le massait délicatement pour la soulager un peu. Ce fait me bouleversa et je me posai un tas de questions, mais la seule répnse qui me venait était que j'avais connu une personne extraordinaire et merveilleuse et j'avais l'impression d'accueillir Jésus dans ma maison. Pour ceci et pour tout ce qu'il m'a donné spirituellement je veux dire Merci et je demanderai toujours son aide, étant sûre de sa gloire au paradis.


Une carmélite
France, le 5 février 2001

Quelle a été cette rencontre du Père avec ceux, celles, dont il a parlé, sur le message desquels il a tant réfléchi… des François, Thérèse, Marie de l'Incarnation, Jean de la Croix, et bien sûr, Ignace et tous les autres… oui, quelle a été cette rencontre et cette illumination? Ses quatre tomes doivent lui paraître du vent maintenant; et pourtant, quel vent! […] Enfin, le voilà libre de son corps, de toutes ces limitations, il est véritablement vivant maintenant, et c'est nous qui déchiffrons comme des enfants le langage de l'amour dans lequel il est pleinement désormais. Merci au Seigneur de faire qu'il ait terminé son quatrième tome: pour lui, il n'avait pas besoin, mais pour nous, pour l'Eglise… J'ai été bouleversée en apprenant sa mort, je ne savais pas sa maladie, son opération, rien et je n'ai pas encore réalisé. […] Mais qu'est-ce que tout cela à côté de la profonde Paix et Béatitude qui est la sienne.

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Une femme consacrée
Italie, le 3 février 2001

A présent le Père est dans la joie éternelle du Ciel, immergé dans le Cœur de Jésus qu'il aimait tant et qu'il a tant fait aimer par ses écrits, ses nombreuses publications, ses conférences, la direction spirituelle.
J'ai toujours admiré en lui la certitude de sa foi, sa sérénité pacificatrice, l'amabilité de son accueil, ses conseils prudents et mesurés. J'étais étonnée de ses prévenances, en particulier lorsqu'il m'offrait ses livres ou des copies de ses conférences. Les dernières au mois d'octobre, lors de ma dernière visite.
"Concile et renouveau de la Spiritualité", "L'expérience trinitaire de sainte Thérèse de Lisieux". Elles resteront comme son testament pour mon chemin spirituel.
Dès que j'ai appris la mort du Père, je l'ai prié avec foi et amour, étant sûre que plus encore qu'auparavant il m'aide, il me soutient, il me conseille, parce que dans la lumière du Ciel il voit mieux le mystère secret de l'âme que souvent les paroles sont incapables de traduire.

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Une religieuse
Corée

La figure du P. Bernard est très vivante dans ma mémoire. Je me souviens de lui comme d'une personne équilibée, harmonieuse. C'était un directeur spirituel plein de sagesse, un professeur exigeant et en même temps un père chaleureux et humain.
Sa personnalité équilibrée me permettait de m'exprimer moi-même librement, avec beaucoup de confiance. Chaque fois que je le rencontrais […], je m'étonnais de sa bonté et de sa simplicité. […]
L'objectivité de ses conseils m'ouvrait le chemin pour marcher avec décision vers le Seigneur. Il avait les paroles justes, c'est-à-dire qu'il ne disait ni un mot de plus ni un mot de moins de ce qui servait. C'était une personne capable d'écouter les autres et capable aussi de dédramatiser les situations, même lorsqu'elles paraissaient dures, avec son bon rire.
Sa personne était pour moi une voie sûre conduisant au Seigneur, comme Jean Baptiste qui indiquait à ses disciples l'Agneau de Dieu.
J'ai encore beaucoup de confiance et d'espérance dans son intercession qu'il accomplit maintenant à la présence du Seigneur pour le bien de ses enfants.

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Une religieuse
France, le 8 février 2001

Que dire? Cette nouvelle est comme une lame de rasoir. Même pour ceux qui n’ont pas eu la grâce […] de le connaître depuis de longues années! J’avoue que depuis environ un mois et demi son départ me paraissait proche et le vers de Pierre Paolo Pasolini: Supplique à ma mère: "O Mère ne veuille pas mourir" me revenait comme un leitmotiv concernant le Père.
Le 15 il a téléphoné et tous ici nous l’avons entouré de nos prières. […]

Le 10 mai 2001
Je vous avoue que la présence du Père est dans l’ordre de la foi, parfois "quasi tangible". Je lui ai confié tous ceux dont j’ai la charge et certains ont été exaucés aussitôt. Cette rapidité d’exaucement m’a saisie. […]
Le 29 mai 2001
J’ai lu lentement, avec grande émotion contenue, le récit de la maladie et naissance au ciel du Père. Egalement ses prières. J’en connaissais deux et il est surprenant que son écriture n'ait pas changé d’un millimètre en quarante ans… Signe d’une grande stabilité. Elles m’ont fait saisir ce qu’on devinait en lui, quelque chose de frémissant, une nature sensible et un cœur tourné absolument vers Dieu. Les photos sont là si belles, ce grand sourire. […]


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Le 13 juillet 2001

En 1999 il est venu à la Communauté et j’y vois une des plus grandes grâces de ma vie. J’ai pu en toute confiance lui ouvrir mon âme. Dès lors ce fut comme mon père spirituel. […]
J’ai été frappé par son écoute; lui, théologien d’une telle envergure, savait écouter quiconque lui adressait la parole. Une lettre reçue de sa sœur elle-même me confirme en ce sens: chez lui à Berck-Plage il parlait patois avec tous, le connaissant parfaitement, tous pouvaient l’aborder et trouver réconfort, conseil.
Psychologue né, il semblait lire en nous, mettait en lumière avec tendresse sans blesser tel point névralgique. Il aimait à citer Jean de St Thomas: "A peine peut-on toucher une âme sans qu’elle saigne".
Quand il ne voyait pas de façon claire la volonté de Dieu sur nous, il suspendait son jugement, attendait et priait. Il était à la fois à l’écoute de l’Œuvre subtile et si secrète de l’Esprit dans l’âme et à l’écoute de ce que ce même Esprit lui suggérait dans la prière. C’est pourquoi nous pouvions le considérer comme un guide assuré. Tout ce qu’il m’a dit demeure gravé à l’instar de prophéties. Rétrospectivement je vois bien que Dieu l’a éclairé avec sûreté, il a su être tranchant mais ce glaive était celui de Dieu et donc libérateur.
Il a su mettre au large et appeler à la liberté intérieure. Je l’ai constaté dans l’âme de tel ou telle dont je m’occupe aussi et qui lui ont parlé.
Avant de commencer un entretien il disait une prière qu’il m’a copiée et que je conserve et utilise :
"Mets tes paroles sur mes lèvres
Mets tes pensées dans mon cœur
Mets en mon âme ta douceur
Et ta lumière en mon esprit!"
[…] Je lui demandais comment il faisait oraison, car son attitude recueillie nous frappait tous. Il m’a simplement dit qu’il essayait de faire silence et comme une plaque de se laisser "impressionner" par Dieu. Il était saisi par le Mystère de l’Hostie et c’est ce qui nous a rapprochés.
Sa mystique préférée? Ste Thérèse de Lisieux. Il m’a raconté dans une lettre comment au noviciat en grimpant l’escalier il fut saisi par ce que serait sa vocation personnelle: ne pas parler de lui, mais écouter les autres. C’est la raison pour laquelle il était si attentif aux expériences spirituelles de tous.
Il me disait qu’il passait chaque matin 2 heures environ en entretiens spirituels, que rien ne le choquait. "On voit toutes sortes de choses!" disait-il.
Il était pacifié, unifié, avouant: "Si Dieu veut me prendre avant que j’aie terminé mon travail, c’est qu’il n’en a pas besoin. C’est bien". Il ne fallait être attaché à rien. "Si Dieu donne, c’est bien. S’il ne donne pas, c’est bien aussi".

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Une religieuse
Italie

[…] je voulais faire le point sur ma situation spirituelle. Le nom du P. Bernard m'avait été suggéré en même temps que d'autres, parce qu'on savait qu'il était très occupé ainsi que très exigeant Je le choisis précisément à cause de cette caractéristique, mais je doutais qu'il ne m'accepte. Je l'ai eu au téléphone et il me dit d'aller chez lui le jour suivant. Je me suis précipitée, lui disant tout de suite mes faiblesses les plus grandes, de façon à ce qu'il sache tout de suite à qui il avait à faire. A ma grande surprise et mon immense joie, sa réponse fut: "Mais ici ce qu'il faut, ce sont les Exercices de saint Ignace" et il se rendit disponible pour les faire dans la vie courante, étant donné que j'avais d'autres engagements.
Cela fut un'expérience inexprimable qui m'accompagne encore, de même que m'accompagne la présence spirituelle du Père. Ce qui m'a profondément touchée, ce fut sa capacité d'écoute. Il m'écoutait avec un tel intérêt et une telle attention que j'en étais étonnée. Moi, si petite et si pauvre, j'étais prise en une telle considération par une si grande personnalité? Moi, je pouvais me permettre de lui prendre tout le temps dont j'avais besoin? C'était une expérience extraordinaire, à tel point que je pensais et que je lui disais: Si Dieu m'écoute comme vous vous m'écoutez, j'en suis déjà superheureuse… (Mais, certainement, Dieu m'écoute encore mieux!)
Une autre chose qui m'a étonnée, c'était sa prière.
Il me disait: "Chaque matin, à la messe, je pense à toi, je te nomme".
Ce sont des expériences qui transforment la vie… Je suis contente qu'on fasse quelque chose pour faire connaître les richesses que Dieu cache dans ses saints…

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Une carmélite
France, le 14 juin 2001

Oui le Père Bernard laisse une grande œuvre pour la spiritualité de notre temps, mais aussi et surtout un témoignage assez exceptionnel de vie intérieure. J’ai toujours beaucoup apprécié à la fois sa profondeur et ses directives spirituelles en même temps que sa simplicité, surtout au fur et à mesure que l’on se connaissait mieux. Je crois que l’accroc de santé survenu à Surieu a révélé toute son attitude d’abandon, nous en avions été très touchées et moi en particulier, quand nous l’avons conduit à l’hôpital. Vous vous souvenez certainement?
Merci pour les prières, ce sont celles de sa "jeunesse" empreintes de cette candeur qui ne l’a pas départi. […] Sans doute y aura-t-il encore d’autres publications…
Pour ma part je n’ai pas conservé de lettres particulières. Pendant de longues années je l’ai rencontré une fois par an et cela a suffi pour recevoir une orientation qui me marque. Et puis il y a les livres que l’on apprécie encore mieux après l’avoir entendu!

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Une missionnaire
Italie

[…] Depuis quinze ans le P. Bernard a accompagné mon chemin spirituel: en lui j'ai trouvé un père bienveillant, un guide austère et illuminé, une doctrine solide, une parole sûre, une grande disponibilité et beaucoup de respect.
[…] Je remercie Dieu pour cela.

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Une Carmélite
France, le 8 novembre 2001

Personnellement il m’est difficile de dire tout ce que j’ai reçu du P. Bernard au long de ces 40 années de relations. Bien que venant chez nous depuis plusieurs années, ce n’est qu’à la retraite de Communauté en […] que je suis entrée en rapport avec lui, cela a été décisif. Alors qu’il utilisait quelquefois à cette époque des tests et des moyens psychologiques, ce que j’ai senti de suite, dans sa prédication comme dans les entretiens particuliers, c’est la profondeur spirituelle. C’est de cela que j’avais besoin, que j’attendais sans savoir me le formuler et sans savoir où le trouver. – Le Seigneur lui-même me l’a donné –. Cela peut paraître étrange après 13 ans de Carmel et de fréquentation de ses Maîtres! Il fallait une chiquenaude; elle est venue par le P. Bernard.
J’ai plusieurs lettres allant de 1961 à 1976. Toutes n’ont pas le même intérêt. Ensuite, de plus en plus pris à l’Université, les courriers se sont raréfiés, mais, à quelques exception près, il passait tous les ans chez nous durant ses vacances en France. Je recevais autant de ses conférences, des rencontres communautaires et de ses écrits que des entretiens personnels. C’est comme si, à point nommé, le Saint Esprit lui inspirait la parole ou le texte que j’attendais, dont j’avais besoin.
Ce que je constate, c’est l’assurance, le réconfort, si je puis dire, qu’il me donnait de moi-même: par exemple au récit de l’origine de ma vocation au Carmel dont je lui décrivais le souvenir si précis d’une expérience à l’âge de 8 ans, sa réponse nette: "vous êtes tout à fait dans votre vocation", personne ne m’avait jamais dit cela. D’autres fois: " Vous avez eu des blocages dans votre enfance", ou encore "vous êtes équilibrée!" ou "Il y a continuité dans votre vie". Autre exemple plus récent, je traînais au fond de moi depuis une retraite personnelle – 10 jours au "désert" - durant mes années de Profession temporaire comme un "Point noir" qu’il m’était impossible de définir, d’exprimer, comme un blocage et en même temps pas un blocage puisque je poursuivais ma route et voilà qu’en 1996 ou 97, expliquant à la communauté son projet de cours et de conférences, il parle du "point" dans la vie spirituelle: un éclair pour moi, j’ai à cette minute ma réponse: ce "Point" c’est Dieu; impossible de […] dire ma dilatation instantanée! Par la suite j’en parlais avec la Prieure d'alors. Elle-même avait été frappée de ce qu'avait dit le Père. L'année suivante j'évoquais cela avec lui, il n'avait plus l'air de se souvenir de ce qu'il avait voulu dire; en tout cas ses paroles m'avaient ouvert l'esprit!
Les trois Tomes du Dieu des Mystiques m'apportent aussi beaucoup. Ce qui est par trop savant pour moi ne me gène pas pour apprécier tout ce qu'il écrit et décrit de la vie profonde des Saints étudiés. Ce que j'aime par dessus tout c'est son retour constant, sa référence au Mystère de l'Incarnation Rédemptrice et à la Foi
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Une religieuse
Italie

[…] Lorsque je lui téléphonais pour lui demander un rendez-vous, il me disait toujours que je pouvais y venir quand je voulais, à n'importe quelle heure de la journée; d'habitude je choisissais les premières heures de la matinée, tout en sachant que c'étaient des heures très précieuses pour lui. Il arrivait au parloir toujours le sourire aux lèvres et il m'accueillait très chaleureusement. Pendant une heure environ de conversation, je pouvais l'écouter et admirer sa richesse intérieure, la joie profonde avec laquelle il goûtait le fruit de ses recherches, et j'étais toujours plus convaincue du fait qu'il était vraiment épris de Dieu.
La profondeur de ses propos, presque toujours axés sur les études qu'il était en train de conduire dans le domaine de la théologie spirituelle, ne l'empêchait pas de rester et de se manifester dans une simplicité désarmante, dans une façon d'être et d'agir "autenthique", "fraîche", avec ce style qui fait penser à l'enfance spirituelle. Lorsqu'il me parlait avec autant d'onction et de conviction des découvertes qu'il faisait en approfondissant la vie mystique de tant de saints et que je lui disais qu'il n'aurait pas pu écrire certaines choses s'il n'en avait pas fait l'expérience personnelle, il ne me répondait pas par des paroles, mais ses yeux resplendissaient plus que d'habitude et ils acquéraient une lumière et une intensité particulières; c'était la confirmation tacite qu'il ne pouvait pas en être autrement.
Cette expérience spirituelle était la source de sa sérénité tranquille et paisible. Les problèmes – de quelque genre qu'ils fussent, personnels ou des autres – ne le troublaient pas outre mesure. Son orientation était d'avancer, de laisser tomber; il communiquait la perception qu'il se trouve, lui, à un autre niveau, celui à partir duquel on regarde la fragilité de l'humain avec les yeux de l'éternité. Au fur et à mesure qu'on égrenait les problèmes devant lui, avant même encore qu'il donnât la réponse, ils fondaient comme neige au soleil. La vraie vie est une autre, semblait-il vouloir dire, passons à l'autre rivage, ne nous laissons pas troubler par ce qui ne dure pas dans le temps. Sa personne, sa façon d'écouter et son attitude étaient déjà, au-delà et au-dessus de la parole, une réponse hautement signifiante.
J'ai eu la chance d'avoir reçu comme don de lui toutes ses publications, toujours enrichies d'une dédicace; il s'agit de courtes phrases tirées de l'Ecriture ou des auteurs présentés dans le livre. […] Je prends l'exemple de la dédicace de son dernier livre, LeDieu des mystiques. La conformation au Christ. Voilà ce qu'il écrit: "Fixe ton regard sur lui seul, en qui je t'ai tout dit et tout révélé" (saint Jean de la Croix). C'est le dernier message écrit qu'il m'a adressé; j'estime que le choix de cette phrase correspond pleinement à ce qu'il a toujours fait dans sa vie spirituelle.

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Une religieuse
Italie

Les jours et les mois s'enchaînent, mais le Père continue à être présent et vivant dans le souvenir et dans le cœur. […] Le P. Bernard a été pour moi le Père qui m'a pris par la main avec douceur et fermeté et qui m'a conduite dans la voie de Dieu en me communiquant le goût de l'adhésion amoureuse à la volonté de Dieu, de la petitesse, de l'abandon. Je ne peux oublier les fois qu'il m'attendait à la grand porte de Frascara [le bâtiment de l'Université où logeait le Père] avec un sourire qui exprimait toute sa bienveillance et son affection. Parfois il me faisait penser au père de la parabole de saint Luc attendant anxieusement son fils aimé.
Mais le P. Bernard a étendu à travers moi son cœur de pasteur et de maître de l'esprit aussi aux personnes que pendant ces années le Seigneur a voulu confier à mon ministère. Lorsque dans l'accompagnement spirituel des jeunes des doutes surgissaient en moi, je faisais recours au conseil du Père. […] Ses conseils étaient précieux et il m'a éduquée à me mettre dans une écoute révérentielle de l'Esprit afin de percevoir de quelle façon Dieu était en train de conduire telle personne, pour pouvoir seconder en tout l'action divine. Dans ce ministère délicat, le Père était l'homme de Dieu profondément humain, toujours disposé à accompagner avec générosité la personne en chemin pour qu'elle puisse avancer sur la voie que Dieu lui manifestait au fur et à mesure. […]
J'ai une immense reconnaissance envers le Seigneur qui dans sa Providence a disposé que je rencontre le P. Bernard. J'ai la certitude qu'en lui j'ai rencontré un saint, qui à travers sa douceur, sa compréhension sans bornes, sa confiance, la patience d'attendre les temps de Dieu et la joie qui se manifestait sur son visage pour chaque pas en avant, m'a révélé le Cœur et la tendresse du Père.

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P. *** ***
France

J’ai rencontré personnellement le P. Charles-André Bernard une fois à Notre Dame de Vie et nous avions pu échanger fructueusement sur le thème de la "mystique apostolique", thème qu’il a abordé dans son volume sur Mystique et action.
Cette recherche nous passionnait (me passionne toujours) et nous avions pu convenir d’une convergence d’opinion à travers la diversité de l’approche ignatienne et de celle de Thérèse d’Avila.
Maintenant, il vit certainement cette union au Seigneur après laquelle ont soupiré tous les mystiques! Merci encore de m’avoir fait partager quelques confidences concernant sa propre recherche de l’union au Seigneur.

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Une religieuse
Québec, Canada, 2 février 2001

La Père Bernard fut un novateur, il me semble, dans l’enseignement de la théologie spirituelle. Il intégra la dimension affective en montrant la porte du symbole dans l’expérience spirituelle et mystique. Ouvrage (Théologie symbolique et Théologie affective) que les importantes Éditions du Cerf n’hésitèrent pas à publier. Sa Théologie spirituelle est un instrument de travail dans les Faculté de Théologie à travers le monde. Les trois tomes du Dieu des mystiques sont une vaste synthèse de la Théologie mystique dans l’Église. Il n’a pu malheuresement terminer. La mort a interrompu son ardeur au travail.
Ces importants travaux furent réalisés dans la plus grand pauvreté personnelle et une vie austère matériellement et spirituellement. C’était un grand spirituel.
Arrivée à la Grégorienne en 1970 comme une des premières femmes inscrites au Doctorat, je rencontrai le Père Mollat en vue d’étudier le symbole dans saint Jean. Il me conseilla de rencontrer le Père Bernard qu’il conseillait, me disant qu’il m’aiderait en ce domaine, ce qui se vérifia rapidement.
Puis-je mentionner le dévouement du Père Bernard à mon égard pour m’aider à inscrire mon projet de thèse au Doctorat en vue d’être acceptée . Au cours d’une maladie qui m’arriva, le Père Bernard vint deux à trois fois par semaine à la Maison Générale où j’habitais pour m’aider à élaborer ma thèse, et cela par autobus. Je lui dois mon doctorat.
Que dire de son zèle pour aider ma communauté en étant le conseiller lors du Chapitre général et pendant plus d’une dizaine d’années instructeur au Troisième an de ma communauté. Plusieurs religieuses ont beaucoup aimé et profité de ses enseignements en vie spirituelle.

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Abbé *** ***
France, le 11 septembre 2002

Jeune professeur à Compiègne au retour d'Algérie, mon Évêque, Mr Roeder avait confié ma préparation au sacerdoce au Père Charles Bernard qui enseignait aux Fontaines à Chantilly.
Mon emploi du temps prévoyait en cette année scolaire 58-59 de passer tout le lundi chez les pères jésuites.
Habitué déjà à travailler au collège pour mes cours d'anglais, de catéchèse, de préfecture, ce n'était pas un changement radical, mais tout de même…
Arrivant avant 9 heures, je trouvais le Père Charles à l'accueil, un café tout près et bien fort, et je recevais le viatique de la journée: 5 ou 6 livres ouverts au chapitre à étudier jusqu'à 11 heures. Visite du père Charles avec échanges sur le travail du matin. Nous descendions ensuite pour l'examen particulier à la chapelle et j'entendais: "Après votre détente avec les confrères… vous reverrez tel ou tel point et vous l'exposerez". C'était le style, la cadence de chaque lundi. De plus en semaine je recevais par courrier une page tapée à la machine sur le sujet de théologie.
Cela fut le menu chaque lundi, sauf vacances scolaires. Pourquoi écrire cela, voilà: tout simplement pour dire quel maître j'avais eu la chance de rencontrer. Travail exigeant, préparé, mais non mâché déjà, disponibilité et au fur et à mesure admiration pour l'attention amicale qui m'était donnée.
La carrure humaine et spirituelle du P. Bernard a toujours été présente à ma mémoire. Ce fut grande joie de le revoir au Carmel de Compiègne trois années de suite 89-90 et 91 et de partager un repas avec lui dans un sympathique restaurant où il n'y avait pas que la nourriture terrestre au menu…
Solidité de la pensée, sens aigu de l'essentiel, pertinence ouverte à la liberté, c'était chez lui tout cela, avec une pédagogie hors pair, non dénuée d'humour.
J'en donne deux souvenirs tout simples, apparemment anodins.
Ce premier juin 1959, après un entretien spirituel et un échange avant la retraite d'ordination à Beauvais, je lui dis mon hésitation à faire le serment antimoderniste, imposé à cette époque.
Sa réponse fut à peu près celle-ci: «L'humilité ne fait jamais de mal. Si les formules vous embarassent, vous savez bien que c'est la Foi de Pierre de qui vous portez le nom que vous proclamez au delà de la formulation toujours marquée par le temps». Sur ce, à la chapelle de Chantilly, il recevait mon serment. Le comble, 8 jours plus tard, le supérieur du séminaire exigeait que je recommence.
Le deuxième exemple date d'une quinzaine d'années, nous avions visité à Rome où j'étais les Scavi de St Pierre, et au moment où à St Clément j'allais emprunter l'escalier de la crypte, il me dit: «Qu'est-ce que vous faites?» je répondis: «Je descends…» j'entendis: «Vous descendez des siècles…»
Belle pédagogie, renforcée une heure plus tard à Sainte Marie Majeure. Nous avions le cou tendu vers la mosaïque: «Que voyez-vous?» Je lui donne ma description et interprétation et: «Dieu, où est-il?» Je n'avais pas vu le siège vide, présence invisible de Dieu… Il fallait le faire!
Avec d'autres étudiants qui ont été sur sa route, je dis là tout simplement mon affectueux Merci.

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Une étudiante
Italie, 25 juillet 2002

J'ai connu le Père à la montagne à Cortina, où il passait habituellement le mois de juillet chez les Ursulines. Je garde le souvenir de sa vitalité, de son calme et du sourire qu'il avait dans toutes ses activités et aussi dans les promenades sur les montagnes. Ces qualités représentaient sa fusion avec le Christ.

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Une enseignante
Italie

Lorsque je connus le Père, j'étais une adolescente totalement incapable de gérer ma rage inexprimée, non pas "inexprimable", mais à proprement parler "inexprimée", parce que je ne me doutais pas moi-même de son existence et que, de ce fait, je ne pouvais en parler avec personne. Résultat: communication zéro.
Un jour [pendant les vacances d'été à la montagne] le Père s'intéressa à des dessins décoratifs que je gribouillais par ci par là; tout en les regardant, il m'expliqua ce qu'il y lisait: "Tu es comme ceci, comme cela… tu cherches ceci… ceci te fait souffrir…"
J'étais fascinée! S'exprimer sans paroles, à travers des signes, sans savoir ce que l'on veut dire! Une science que j'ignorais.
Puis ce fut le tour des rêves.
Il arriva par hasard que je lui en raconte un et je me rendis compte que cet homme réussissait à comprendre mieux que moi ce qu'il y avait à l'intérieur de moi. C'était comme avoir trouvé un langage; il me suffisait de lui donner une image, incompréhensible pour moi, et il comprenait. Sans que je m'en rende compte, mon activité graphique et onirique se multiplia rapidement.
Jusqu'à ce que, un matin, je raconte ce rêve – vraiment mystérieux – et le P. Bernard l'interpréta comme si c'était une page sur laquelle il pouvait lire clairement, à l'exception d'un détail qui demeura incompréhensible pour tous les deux.
Seulement après quelque temps, lorsque la réalité refléta dans les faits le sens que le Père avait suggéré, en dévoilant aussi le dernier détail, je compris clairement que cet homme avait la clé du symbole, outre que la connaissance rationnelle.

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Une mère de famille
Italie

Quand, d'habitude le soir, je traversais la Place de la Pilotta pour rejoindre les Saints Apôtres et puis la Place de Venise après avoir rencontré le P. Bernard, mon cœur, plein de reconnaissance et d'émerveillement, était tourné vers le Seigneur: "Merci, Seigneur, pour le P. Bernard, merci de nous l'avoir donné". Ei je pensais: s'il existe des hommes comme lui, il est juste que Dieu épargne l'humanité, il est juste qu'il soit miséricordieux envers nous. S'il y a des hommes comme le P. Bernard, il y aura le salut.
J'ai connu le P. Bernard il y a environ vingt ans. Mais cela pourrait bien en faire cent, étant donné le chemin accompli avec avec lui. […]
Avec une infinie bonté, patience, tolérance, lucidité et force, m'a enseigné à me remettre toujours devant le Seigneur et en conséquence à être libre, en rejetant toutes les échelles de valeurs fausses ou erronnées.
J'étais un fruit recouvert d'une énorme et épaisse écorce que peu à peu nous avons défaite (et je continue avec son aide) pour arriver au noyau. Au noyau pur et simple.
Les souvenirs sont nombreux. Tous lumineux.
Sa présence dans la vie de ma famille: le baptême de mon second fils, la première communion de mes deux enfants, la consécration de ma mère, l'enterrement de mon frère, de ma mère…
Je me souviens avec plaisir d'un mémorable match de ping-pong au cours duquel le P. Bernard battit à plate couture tous ses adversaires bien plus jeunes que lui.
Comment expliquer la joie de vivre qui émanait de lui pendant qu'il jouait comme un jeune garçon et combien d'admiration suscitait en moi cet homme immense pour la foi et la culture, qui aimait tant la vie. […]
Et puis il y a les souvenirs de nos rencontres.
Sa façon si impressionnante de se mettre à l'écoute de l'Esprit, quand son beau visage se transformait et il paraissait tout à coup ne plus être dans la pièce.
Cette façon de parler avec lui et d'être comprise en profondeur, souvent au-delà des paroles, comme il n'arrive jamais dans la vie. Et ces phrases, ces conseils qui parfois me semblaient n'avoir rien à voir avec ce qui s'était dit ou bien qui n'était pas ce à quoi je m'attendais, et puis inexorablement je comprenais ou je sentais, quelquefois après beaucoup de temps, que c'était justement là le point.
J'ai traversé des moments difficiles dans le chemin parcouru avec le Père. J'ai encore le souvenir très vif d'un moment pénible à raconter. Le Père avait décidé que le moment était venu pour moi d'affronter les Exercices de saint Ignace. A un certain moment j'ai glissé dans un état épouvantable: je ne dormais plus, je ne mangeais plus, je pleurais toujours. Et à mon esprit affleuraient, comme dans un cauchemar éveillé, des souvenirs douloureux que j'avais évidemment refoulés. J'allai chez le Père en proie au désespoir et à la peur et je n'oublierai jamais sa réaction à mon récit. Il me sourit plein d'affection et puis il me dit avec un calme majestueux: "Vous avez revécu la partie de votre vie qui n'a pas été en présence du Seigneur".
J'ai aussi le souvenir d'un Père différent, très impressionnant dans son autorité.
J'avais fait un vœu qui m'avait plongé dans un abîme de vrai désespoir. Le Père se mit en colère lorsque je le lui dis. Il se mit debout devant moi. Il était devenu énorme et ses traits s'étaient raidis; il n'y avait aucune trace de douceur, mais seulement l'autorité qui lui était conférée par l'Esprit. Il me délia du vœu et toutes les chaînes qui me serraient se dissipèrent.
Que de leçons reçues de lui. Que de vie. Que d'amour.
Aurais-je jamais pu aimer et me laisser aimer du Seigneur sans lui?
Quand il nous a quittés, je venais de perdre ma mère depuis peu et j'errais dans la douleur et la douleur est devenue un océan. Mais dans cet océan le Père était là. Et j'ai réalisé, comme beaucoup d'entre nous, que lui ne me quittait pas. Que l'aide et la présence sont constantes. Je regarde sa photo et il me sourit en me disant: "Tu y arriveras!"
Et quand le chemin devient plus compliqué, le Père est là. Il suffit de laisser revenir les phrases qu'il avait dites ou écrites, il suffit de lui demander de nous aider et le chemin reprend.
Pendant des années je me préparais aux rencontres avec lui, je faisais le point pour ne pas omettre les choses importantes que je voulais lui raconter et au fur et à mesure que j'apprenais à le faire, cela contenait déjà la réponse. Aujourd'hui encore je le fais. Je m'arrête et je me dis: "Voilà, maintenant nous allons raconter au Père où nous en sommes…" et cela fonctionne.
Le chemin du P. Bernard sur cette terre a été un don du Seigneur et nous avons reçu une vraie grâce en le croisant. Que le Seigneur en soit loué et qu'il accueille notre gratitude.


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Une Carmélite
France, le 29 août 2002

Les témoignages me font découvrir d'autres aspects du P. Bernard. Je connaissais surtout le Père comme enseignant, professeur en somme, même pendant ses vacances.
Quand je suis entrée au Carmel, il connaissait la communauté depuis longtemps et venait régulièrement tous les ans faire des conférences, le plus souvent sur Notre Mère sainte Thérèse ou Notre Père saint Jean de la Croix. Comme je ne connaissais pas du tout les saints du Carmel, ça me passait largement au-dessus de la tête. Mais je me suis aperçue que d'année en année, ça m'apportait quelque chose d'important pour les découvrir er entrer dans leurs textes en profondeur. La retraite sur sainte Thérèse de Lisieux, qui m'avait paru toute simple, m'a aussi beaucoup touchée, à une époque où j'avais du mal à dépasser chez elle le vocabulaire.
J'aimais sentir chez lui une culture spirituelle qui allait au.delà des saints du Carmel, ce qui lui permettait de les situer dans un panorama plus vaste, de les rattacher par ressemblance ou par opposition à des courants spirituels antérieurs. Rien que sur ce plan il m'a beaucoup apporté. On sentait que ses connaissances lui permettaient un grand équilibre. Il donnait le goût de l'étude comme moyen de progresser dans la vie théologale.
Pendant la messe, j'appréciais ses sermons qui étaient toujours clairs et forts. On sentait une conviction profonde qui confortait notre foi personnelle et notre attachement au Christ.


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Une archéologue
Italie

Tout mon merci à ce Père aux yeux bons et souriants qui un jour m'a pris par la main et a attendu avec une patience pleine de tendresse anxieuse que le "Chevreuil obstiné" [surnom donné par le Père à celle qui écrit] découvre le chemin de l'amour.


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Une mère de famille
Italie, 25 juillet 2002

La première fois où j'ai rencontré le P. Bernard il était en train de célébrer la Messe dans la belle chapelle des sœurs Ursulines [à Cortina d'Ampezzo, dans les Dolomites, où le Père passait tous les ans une période de vacances]. Ce qui m'a le plus frappé, c'est le ton de sa voix: on aurait dit qu'il chantait. J'ai pensé à une foi joyeuse. Lorsque, quelques années plus tard, j'ai eu le bonheur de faire quelques promenades avec lui et avec quelques amies j'ai goûté la paix qui rayonnait du Père, non seulement au moment de la prière, et j'ai eu la certitude qu'il vivait continuellement en la présence de Dieu d'une façon "athlétique" et joyeuse. J'espère vraiment qu'à présent il continue à me guider, pour que je puisse le rejoindre sur cette Cime parfaite que le Seigneur nous a destinée. Merci P. Bernard!

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P. *** *** sj
France, le 3 avril 2003

Le Père Charles André Bernard était un homme solide, carré, massif, qui dégageait une impression de force et d’assurance. Il était bien implanté, sûr de lui, ferme dans ses convictions, immuable dans ses certitudes. Nous le taquinions pour ses opinions politiques, il était gaulliste et chiraquien sans l’ombre d’une hésitation, et surtout pour ses pronostics aventureux. Si par hazard le verdict des élections lui donnait raison, il triomphait modestement. Mais souvent il s’était trompé et son humeur s’en ressentait. Quand on lui opposait les faits ou les sondages, il répliquait : «mais je dispose d’une analyse plus fine ! » Ce n’était pas facile de le desarçonner. Cette solidité tranquille, cette façon de s’avancer en piétinant les platesbandes, ont pu déconcerter des collègues plus âgés et très vertueux comme le P. Dumeige et le P. de Finance surtout, qui n’aimait pas les bulldozers. Mais c’était la force de Charles Bernard que de foncer sur l’obstacle. Il était «inconfusible». Mais tous appréciaient sa charité pratique, son bon sens et sa lucidité (hormis en politique). On pouvait lui demander un service, il était disponible, bien que, travailleur acharné, il n’eût guère de temps à dépenser. En communauté il était un élément capital, il était le lien du groupe francophone, c’est lui qui organisait les petites réunions autour d’un anniversaire ou d’un visiteur. Il lui suffisait de murmurer aux oreilles un mystérieux «après» pour qu’on sût à quoi s’en tenir et le lieu du rendez-vous, où il distribuait royalement liqueur, biscuits et chocolat, selon un rite immuable. Cet «après» était devenu légendaire chez nos amis italiens.
D’origine et d’éducation «primaire», Charles André Bernard allait droit au but et ne s’embarrassait pas de détours. C’est ce qui rendait sa direction spirituelle si libérante. Il simplifiait les problèmes, bien que philosophe de formation il en connût la complexité. Quoique expert en saint Thomas, il n’appréciait guère l’abstraction, sa spiritualité était lestée de psychologie. Certainement il a libéré beaucoup d’âmes. C’est qu’il avait lui-même une forte vie spirituelle, arrimée à une grande régularité, et une admirable générosité apostolique. Sa demi-surdité accentuait son écoute du Maître intérieur. Tous les matins, sans omission, il se rendait à la Trinité des Monts pour y célébrer la sainte Messe. Quand il logeait au 4ème étage du grand bâtiment - avant de s’installer à Frascara - je le voyais réciter son bréviaire dans le couloir au début de l’après-midi alors que tous ses voisins s’abandonnaient au repos béni de la siesta. Sa piété solide, régulière, servait de soubassement à une connaissance de la mystique qui était certainement expérimentale. Elle l’avait armé pour la direction spirituelle. En plus il était capable d’une attention et d’une délicatesse de cœur que l’on n’aurait pas distinguées au premier abord. C’était un homme tout d’une pièce; et cependant il savait s’adapter et, chose rare, il comprenait intuitivement les âmes féminines.
Ses opinions tranchées, son caractère un peu rugueux et quelques déclarations sans nuances ont écarté de lui des confrères et des collègues qui le connaissaient mal ou qui craignaient son emprise. C’est ainsi que lui, grand connaisseur des mystiques et des spiritualités, conférencier, auteur reconnu d’ouvrages de base, n’a pas été un collaborateur attitré du Dictionnaire de Spiritualité. Il aura connu, sans broncher, le signe qui dans la Compagnie est le test le plus sûr de la valeur: la jalousie. Il ne s’en est jamais plaint, et je ne me souviens pas, dans sa bouche, de jugements sommaires ou méprisants. On peut haïr la médiocrité et cependant supporter les médiocres.
Il était très attaché, malgré la paternité corse, à son terroir d’origine, ce Pas-de-Calais maritime autour de Berck, où il retournait chaque été. L’Artois était un lien entre lui et moi, mais il ne cherchait pas à s’enquérir des allées et venues des autres. Sa discrétion était exemplaire. La vie spirituelle s’enveloppe de silence. Et quand on reçoit les confidences de tant d’âmes, il importe de les ensevelir dans un profond secret.
Nous avons abandonné l’enseignement à peu près en même temps. Il est parti avec les honneurs, laissant en bon état de marche son Institut de Spiritualité. Il a continué son œuvre d’écrivain avec cette capacité de travail qui l’avait fait admirer dès les débuts du scolasticat. Peut-être devinait-il que le temps lui serait désormais mesuré. Je ne l’ai plus revu qu’en passant, toujours solide, avec sa cordiale franchise. J’ai appris mal et trop tard qu’il était miné et menacé, puis j’ai su sa mort édifiante et courageuse. Il avait rempli sa tâche, il n’attendait pas de récompense terrestre. Qui ad justitiam erudierunt multos, fulgebunt quasi stellae.

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Une religieuse
France, le 1er mai 2003

Les témoignages que j’ai lus jusqu’ici m’ont aidée à mieux prendre conscience de toute l’aide que j’ai reçue du Père Bernard, et je dois dire que dans la nouvelle étape de ma vie, il m’est très présent.
Le Père Bernard «reconnaissait» les personnnes, se rappelait de leur physionomie spirituelle. Il n’était pas nécessaire de dire beaucoup de mots pour qu’il comprenne. Il voyait. Mais jamais il ne devançait. Parfois, j’avais l’impression de n’avoir rien dit, de lui avoir fait perdre son temps. Mais non: quelques indices lui avaient permis de «vérifier». Psychologie et symbole se rejoignaient pour una saisie vraie de son interlocuteur, plus encore que les paroles. Quand il parlait de son travail et de ses livres, on apprenait beaucoup aussi, c’était tout un regard sur la réalité, tout sauf du conventionnel.
Je me rends de plus en plus compte de la sagesse da sa conduite. Pour ceux qui ne le connaissaient que superficiellement, il pouvait avoir l’air austère, d’un autre temps pour ainsi dire. Il aidait à s’en remettre au Seigneur qui sans cesse agit dans le monde et dans l’Eglise, même si nous nous le voyons pas. Ses mesures ne sont pas nos mesures. Il m’a évité bien des pièges. Il dédramatisait les situations et vous lançait parfois une remarque de bon sens qui remettait les choses en place, ou riant de bon cœur. Il avait une manière de venir à vous avec un large sourire et une chaleureuse poignée de mains. Je suis convaincue aussi de la force da sa prière. Pourquoi la difficulté s’applanissait-elle soudain quand vous la lui aviez confiée? Au moment de son opération, j’étais moi-même à l’hôpital. Quand j’ai su ce qui lui arrivait, j’ai été très impressionnée. Je constate maintenant qu’une page de ma vie s’est tournée alors, le passé a disparu et j’ai pris un nouveau départ… Simple coïncidence? Je ne sais. Il faudrait encore parler de la manière dont il célébrait l’Eucharistie, chaque matin; des petites homélies impromptues de certains dimanches…
Il aimait parler aussi de personnes qu’il avait connues, préoccupé de leur bien et se réjouissant de l’évolution positive des situations. Il était très fidèle aux personnes, quelles qu’elles soient. Je me rappelle qu’une jeune sœur de ma congrégration était en train de mourir dans de grandes souffrances. Il est allé la voir tous les jours, et l’a beaucoup aidée. Il était d’un grand dévouement. Pendant longtemps, il est allé confesser tous les dimanches matins à San Luca, dans la périphérie de Rome.
Su un tout autre registre, j’ai eu des échos des repas du soir à la Grégorienne et d’une table de francophones où l’on n’avait pas l’air de s’ennuyer. Opinions politiques ou sportives, échanges fraternels et spirituels, c’était une aide certaine pour celui qui me parlait souvent de ce «club du Figaro».

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