TÉMOIGNAGE DE DEUX COMPAGNONS D'ÉTUDES
Témoignage écrit par le P. Edouard Glotin et le P. Albert Vanhoye, compagnons d'études du P. Bernard, paru dans Compagnie, courrier de la province jésuite de France – octobre 2001.
Printemps 1940. De Berck, sa ville natale, on fuyait l'armée allemande.
"Pourquoi moi à l'arrière du camion, sur ces sacs, les
bras en croix?" Il datait de cet instant son retour à Dieu qu'il
avait quitté, à sa sortie d'enfance, le soir où il
avait refusé à sa mère de faire sa prière.
Né le 18 mars 1923 d'une famille modeste de quatre enfants –
son père, corse d'origine, était facteur et sa mère
recardait les vieux matelas -, il venait d'entreprendre deux années
d'Ecole normale dont il devait garder le don de l'enseignement. Bientôt
un premier contact avec le thomisme allait illuminer pour toujours son intelligence
et, le 28 septembre 1943, il frappait à la porte du noviciat de Champagne
réfugié dans le Sud-Ouest.
Dès sa philo à Vals (1947-1950), une précoce réputation
de surdoué lui valait l'affectueux surnom de "noûs"
(prononcez le 's'), c’est à dire d'Intellect, au sens d'Aristote.
Mais il faut savoir que ses maux de tête du juvénat l'avaient
d'abord fait douter de pouvoir faire un jésuite: "Je me suis
donné à la Compagnie, avait-il réagi. A défaut
d'étudier, je serai frère".
Au printemps 1950, la mention Très Bien récompensait, à
Montpellier, le mémoire de son D.E.S. de philosophie sur L'affirmation
d'existence chez Kant. "Il est de notre race", concluait, ce jour-là,
Ferdinand Alquié, son maître agnostique.
Pourtant Charles André vivait ailleurs: "Seule la spiritualité
m'a jamais vraiment intéressé", devait-il confier à
ses pairs, le jour de sa cinquantaine de Compagnie, près de conclure
une carrière de professeur (1962-1996), puis de doyen (1990-1996)
à l'institut de Spiritualité de la Grégorienne.
"Quelle fut la pointe de son enseignement, s'interrogeait l'Osservatore
romano du 8.02.2001? Ce fut indubitablement son effort pour éclaircir
le rapport entre théologie et spiritualité en le fondant sur
de solides bases anthropologiques, - tant en établissant la scientificité
de la théologie spirituelle qu'en travaillant à faire de la
spiritualité une authentique source doctrinale. L'Institut de Spiritualité
choisit donc comme thème des Mélanges en son honneur celui
d'Esperienza e Spiritualità [Pomel, Rome, 1995]. En fait, tout l'effort
de sa théologie gravite autour de ce noyau de l''expérience
spirituelle' considéré dans toute son amplitude: 'J'ai cherché,
affirmait la préface de sa Théologie spirituelle" [Cerf,
Paris, 1986], à adhérer à la totalité de cette
expérience, sans exclure celle qui se développe en dehors
de la sphère chrétienne".
Ceci explique le choix antécédent des sujets de son double
doctorat ecclésiastique: Nature et volonté chez saint Thomas
d'Aquin (Chantilly 1951) pour la philosophie; Théologie de l'espérance
selon saint Thomas d'Aquin (Vrin, Paris 1961) pour son biennium romain de
théologie. Mais la nouveauté de sa Théologie affective
(Cerf, Paris, 1984) sera faite de la conjonction, rare chez un intellectuel,
d'une exceptionnelle force spéculative et d'une science pratique
de la psychologie, dont dès Vals la lecture de Pradines avait aiguisé
le goût.
Bien avant qu'en 1986 Jean Paul II n'ait rappelé à la Compagnie
sa mission historique, il s'était pénétré de
notre charisme du Cœur de Jésus, témoignait lors de sa
sépulture son ami le P. Albert Vanhoye, - qui se souvient, comme
nous, de l'Equipe Saint-Jean qu'il réunissait chaque mois, à
Vals, autour du thème. Dès cette époque, il avait perçu
ce que le P. Arrupe appellera "la dunamis enclose dans ce symbole":
en nous le confiant, le Seigneur nous avait mis lui-même en main la
clef de l'expression mystique. A l'école du Pseudo-Denys, Charles
André ne cessa dès lors d'œuvrer à la confluence,
sans confusion, de la théologie rationnelle et d'un autre langage
qu'il devait s'appliquer à décoder dans sa Théologie
symbolique (Téqui, Paris, 1978). C'est la méconnaissance de
ce langage, plaidait-il, qui avait occasionné la condamnation de
théologiens mystiques tel Eckhart.
Le Dieu des mystiques, son maître ouvrage, se veut non une impossible
histoire de la mystique chrétienne, mais une typologie sélective
de quelques grandes expériences. Son premier tome (Les voies de l'intériorité,
Cerf, Paris 1994) résume l'incessante relecture de Jean de la Croix
qu'il mettait l'été au service de carmels français,
en attendant qu'elle l'accompagne lui-même à l'hôpital.
Le suivant (La conformation au Christ, 1998) souligne le rôle fondateur
de l'expérience de sainte Marguerite-Marie. Quant au troisième
(Mystique et action, 2000), il accorde évidemment de longues pages
à Ignace. La publication posthume d'un ultime tome, récapitulant
sa vision de la Théologie mystique, est confiée au professeur
Maria Giovanna Muzj, sa fidèle traductrice: "Il a déclaré
à plusieurs personnes, dont moi-même, rapporte celle-ci, que
l'ouvrage pouvait être imprimé tel quel, parce que, tout en
n'étant pas terminé, il contenait toute la partie de réflexion
théorique qui en constituait l'essence, la suite n'étant destinée
qu'à être une exemplification à partir des auteurs étudiés
dans les trois premiers volumes". "Si Dieu veut me prendre avant
que j'aie terminé, concluait-il, c'est qu'il n'a pas besoin de la
suite".
Avec un tel palmarès, "on risquerait, écrit le P. Herbert
Alphonso, son collègue de la Grégorienne, de se faire de lui
l'image d'un savant abstrait. Il était tout autre. Tandis que de
ses expériences de jeunesse il avait gardé un esprit libre
- ou mieux: 'autonome', au bon sens du mot -, sa simplicité traduisait
une bienveillante humanité. Gardant jusqu'au bout la passion de la
politique et du sport, c'était un tempérament optimiste, et
même, selon certains, un optimiste invétéré."
Ses nombreuses dirigées, en tout cas, bénéficièrent
de cette robustesse de caractère et ses amis, auxquels il était
d'une extrême fidélité, appréciaient son affectivité
riche et profonde.
L'accident ne fut pas circulatoire comme en 1989. Ce devait être un
cancer de l'œsophage qui, vieux de deux ans, l'emporterait en cinq
semaines en dépit d'une chirurgie de dix heures. A la veille de l'hôpital,
il respirait une paix due aux longues heures que, maintenant, il passait,
de jour et de nuit, à la chapelle, prenant le temps d'y renouveler
l'offrande de sa vie: "Un jour, je le vis tout rayonnant d'une joie
intérieure, témoigne Maria Giovanna, sa fille de prédilection.
On voyait le bleu de ses yeux et il paraissait 15 ou 16 ans, comme je l'avais
vu quelquefois dans le passé". Sur son lit d'opéré,
il souffrit beaucoup, les larmes aux yeux, mais sans une plainte.
Avec l'ingénuité d'un enfant éduqué à
l'école de Thérèse, il avait demandé, il y a
très longtemps, de "mourir d'amour". Mais, comme Thérèse
aussi, il savait que "mourir d'amour, ce n'est pas mourir dans les
transports". Encore lucide l'avant-veille de sa mort, comment vécut-il
en fait l'instant suprême? C'est le secret de sa dernière nuit
solitaire, le 1er fevrier 2001, à 3 h du matin.
***
TÉMOIGNAGES DE PERSONNES DE LA FAMILLE
La sœur ***
***, Belgique, le 28 mars 2001
Nous étions les 4 petits enfants d'une famille de marins qui a
la vie dure, mais nous avons tous eu une enfance heureuse et sans soucis,
entre un père aimant mais difficile à cerner et une mère
que nous adorions et qui nous passait tous nos caprices d'adolescents, sauf
peut-être celui qu'André lui a fait 2 jours avant sa communion
solennelle.
N'ayant jamais voulu apprendre son catéchisme, Monsieur le Curé
est venu apprendre à ma mère qu'il ne pouvait communier mon
frère. Sur cette entrefaite André est arrivé et devant
les pleurs et le désarroi de ma mère il a tout de suite compris
la situation et promis à ma mère qu'il la ferait. Il a appris
son catéchisme par cœur dans l'après-midi et tout est
rentré dans l'ordre.
Plus tard, quand ma mère était fière de ce que son
fils était devenu, elle racontait cette anecdote mais toujours avec
le sourire.
Nous avions un ami prêtre qui venait souvent chez nous et que les
Berckois considéraient comme un saint. Il est malheureusement tombé
à la guerre. Quelques jours après ce décès André
est revenu d'Arras où il était instituteur et a annoncé
à la famille qu'il rentrait dans les ordres. Mon père s'y
est opposé mais rien n'y a fait. Par la suite, pour Berck André
était celui qui avait été appelé par Dieu pour
remplacer l'Abbé Vandewalle.
Tout Berck aimait mon frère pour sa gentillesse et l'art qu'il avait
de ne jamais faire de différence entre les gens de tous partis où
il était toujours invité pour reparler du passé et
se remémorer toutes leurs farces d'écoliers. C'est aussi pour
cette raison que lors des réunions familiales aucune allusion n'était
faite entre les 3 frères qui avaient des idées opposées
sur la religion et la politique.
André était toujours fort heureux au mois d'août où
il prenait toujours un bain d'adolescence en pouvant parler le patois (langue
qu'il était fier de connaître à fond).
Etant jeune, il était connu pour un enfant qui était incapable
de marcher dans la rue sans un livre dans la main puisqu'il lisait du matin
au soir, quand il n'était pas à la pêche ou dans les
dunes avec le chien.
* * *
La veuve de *** [jeune frère du P.
Bernard]
France, le 6 août 2001
Penser qu'une telle intelligence, un tel esprit éclairé
d'une foi si profonde, si complète, cette personnalité si
forte, que tout cela ait pu disparaître, être anéanti
à tout jamais? Je n'ai pas encore admis qu'il ne soit plus.
André me parlait de son travail, de ses écrits - écrire
était pour lui un chemin spirituel -, de la parution de ses livres
mais pas de lui-même.
Jean [le frère aîné] m'a raconté un jour l'épisode
de la première communion, communion solennelle d'André. […]
La maman préparait la fête: tenue de communiant, repas etc…
Lorsqu'à trois jours de la cérémonie le curé
de la paroisse est venu dire à Mme Bernard qu'André ne ferait
pas sa communion n'ayant jamais assisté au catéchisme.
Consternation générale. Au retour d'André, il était
à l'extérieur le plus clair de son temps… sa mère
le lui raconte. Réaction d'André: Continue les préparatifs
dit-il à sa mère, je ferai ma communion, j'en fais mon affaire.
Et là-dessus, il s'en va trouver le curé qu'il commence par
enguirlander. Pourquoi avoir tourmenté sa mère? Il ne s'agit
que de catéchisme? Et bien, si, dans deux jours, il connaît
le catéchisme par cœur, pourra-t-il faire la communion? Léger
embarras du curé qui cependant acquiesce. Deux jours après
André annonce au prêtre qu'il peut l'interroger à n'importe
quelle page du livre, il sait tout par cœur. Et c'était vrai.
Il communie donc le lendemain. Mais l'après-midi, à l'heure
des Vêpres, il a plu, André a bu du vin, en sortant il glisse
dans une flaque. Il revient sur ses pas et déclare: la communion
est finie, pas de Vêpres. Détermination, autorité, désinvolture
aussi, d'un gamin qui n'avait pas douze ans.
Parlant de sa vocation tardive avec Roger, André lui confiait que
c'était le souvenir d'un abbé, les paroles qu'il lui avait
dites un jour qui l'avaient fortement marqué. L'Abbé avait
une équipe de foot-ball dans son patronage. André faisait
partie d'une autre équipe. Il aimait beaucoup et pratiquait différents
sports. Les deux équipes s'affrontaient dans des matchs organisés.
L'Abbé ne pouvait pas ne pas avoir remarqué la forte personnalité,
l'intelligence d'André, ainsi que sa position anti-religieuse. Je
ne sais dans quelle circonstance l'abbé lui a dit un jour qu'il donnerait
sa vie pour lui. André fut profondément impressionné.
L'Abbé est mort à la guerre. André a alors complètement
changé.
La grâce de Dieu était sur lui, était en lui.
***
Une nièce
France, le 14 janvier 2002
J'ai toujours, plus ou moins régulièrement, maintenu un contact épistolaire avec "Tonton André" comme nous l'appelions tous, ses neveux et nièces. Nos lettres étaient sincères sans être aussi intimes que je l'aurais voulu, mais j'avais un peu de difficulté à me confier totalement: sa grande spiritualité m'intimidait, me retenait. Mais mon admiration pour lui était aussi forte que mon affection et je pense très souvent à lui; il me manque. J'ai réalisé après sa mort, la grande perte que celle-ci impliquait.
***
TÉMOIGNAGES D'AMIS
Un ami de l'École Normale
France, le 12 juillet 2001
Oui, nous savions que Charles Bernard nous avait quittés…
Le père Charles Bernard "ne nous a pas laissés orphelins",
car ses ouvrages si nombreux, si denses, si précieux ne laisseront
pas de nous donner de lui, l'essentiel de ses travaux, de ses préoccupations,
de ses découvertes, de tout ce qu'il aimait – "car quiconque
aime est né de Dieu et connaît Dieu".
Et il faut bien avouer que, pour mon propre compte je n'ai lu qu'une toute
petite partie du Dieu des mystiques, celle qui concernait plus étroitement
Ste Thérèse de Lisieux… Et je me rappelle plus particulièrement
ce que disait Thérèse de Lisieux le 11 juillet 1897 (c'était
hier le 11 juillet 2001, l'anniversaire de cette magnifique déclaration:
"Dites bien, ma mère, dites bien que si j'avais commis tous
les péchés du monde, j'aurais toujours la même confiance").
Je me trompe peut-être, mais je crois que l'esprit, la portée,
la lumière de ce témoignage étaient demeurés
présents à la pensée de notre cher père Charles
Bernard.
Vous trouverez sous ce pli une reproduction d'une photo de 1940: nous étions
trois camarades "réfugiés" à l'Ecole normale
d'Aurillac. De gauche à droite celui qui vous écrit; au centre
Charles Bernard, avec un soupçon d'auréole au-dessus de sa
tête (on l'avait souvent "blagué" à ce sujet),
à droite Raymond Jacquenod mort le 30 juin 1999 (et qui termina sa
carrière en tant qu'inspecteur général de l'Education).
Charles André s'est-il converti en 1941? C'est une question que je
me pose parfois… C'est un simple souvenir. J'avais invité mes
deux vieux camarades à venir à la messe du dimanche à
St. Géraud, à Aurillac où nous étions alors,
et c'était un peu par vanité, car je chantais un motet de
l'organiste: "Verbe éternel venu sur terre"… et je
souhaitais faire entendre cette composition d'Henri Imperaire (l'organiste)
à mes amis… Bref, passons sur bien des détails, mais
à ma grande surprise, en sortant de la messe voilà que Charles
Bernard déclare, à Raymond Jacquenod et à moi-même:
"Je suis converti!…"
Je n'ai jamais cru vraiment à cette parole… Mais soixante ans
plus tard, je me pose vraiment la question. Qui sait?
Curieusement d'ailleurs "Notre Dame du Chœur devenue Notre Dame
du Cœur" pourrait bien être à l'origine de cette
"conversion". Et si l'on relit ce témoignage de Pâques
1948, ces lignes que vous avez su retenir dans l'ensemble des pages diffusées
par vos soins fidèles:
"O Jésus, Verbe de Dieu…
…le primat de l'amour sous le signe de votre Cœur"
on ne peut s'empêcher (comme moi de relier Aurillac, nos rencontres,
notre vieille amitié, le "Verbe éternel" du motet
d'Henri Imperaire, le "Je suis converti" de Charles, Notre Dame
"du Chœur" du "Cœur", les Cœurs de Marie
et de Jésus…
et tout le Reste, mystérieux inexprimable… auquel nous sommes
tous reliés, et qui nous donne "lumière et force"
comme le souhaitait notre ami à Pâques 1948.
***
Un ami
France, le 7 juin 2001
A la suite d'un rencontre fortuite, oserai-je dire un heureux hasard?
Le Père Charles-André était devenu pour moi un vrai
ami et je me faisais une joie chaque début d'Août depuis 1986
ou 1987 de la perspective de le rencontrer à Berck. Nous allions
passer des après-midi de pêche ensemble et nous partagions
plusieurs repas chaque année.
Je lui dois beaucoup. Non seulement d'avoir bénéficié
de la sérénité qui émanait de son humble personne,
mais aussi de ses enseignements. Ils ont dégrossi l'ignare que j'étais
quant à l'Eglise en s'évertuant de me la faire comprendre
de l'intérieur.
Un jour à table, je m'en souviens comme si c'était hier encore,
je lui ai demandé ce qu'était le mysticisme. C'est alors qu'il
s'est totalement révélé à travers des propos
passionnés, passionnants et communicatifs. Ils ont pour une large
part contribué à faire progresser ma façon de voir
le monde.
Nous n'avons pas beaucoup correspondu. […] Nous n'avons eu recours
à l'écriture que quand il m'a aidé à préparer
un mémoire nécessaire à une procédure ecclésiastique.
Il m'a alors fait saisir l'écart entre la justice de ce monde et
celle de l'Eglise. A travers cela, c'est toute une formation sur cette dernière
qu'il a fait passer, en douceur, sans grand discours.
Avec lui, j'ai perdu un ami vrai, avec qui je pouvais échanger en
toute liberté, dans un climat de bienveillance qui facilitait l'extériorisation
de mes pensées et leur affinement. Nous ne dialoguions qu'une fois
l'an, pendant plusieurs jours, il est vrai, en dehors de quelques échanges
téléphoniques sur des sujets précis. C'était
dans un climat particulièrement propice à des échanges
profonds. Quelles richesses je lui dois! C'est un pan de ma vie qui a disparu
avec son brutal décès.
***
TÉMOIGNAGES DE PERSONNES QUI ONT CONNU
LE P. BERNARD COMME PROFESSEUR, COMME PRÊTRE
OU COMME GUIDE SPIRITUEL
S.E. Mgr *** ***
***, France, le 9 septembre 2001
Quand j’étais à Rome […] j’allais assez
souvent voir le Père Bernard pour conseils spirituels. J’appréciais
son réalisme et sa profondeur. Je n’en ai pas profité
suffisamment. Il m’avait offert plusieurs de ses livres.
***
S. E. Mons. *** ***
***, Italie, le 13 juin 2001
[…] je vous remercie de tout cœur d'avoir pensé à
moi et de m'avoir envyé quelques manuscrits de l'inoubliable P. Bernard.
Sa mort m'avait frappé, mais je portais en moi les traits de sa profonde
spiritualité, cordialité et amitié à mon égard
et de sa grande compétence. Son départ laisse un vide à
la fois dans le monde académique et dans la vie de beaucoup de personnes.
***
Un prêtre
France, le 1er août 2001
[…] la triste nouvelle du "dies natalis" du P. Charles-André
Bernard. Je l’ai rencontré personnellement une fois à
Notre Dame de Vie et nous avions pu échanger fructueusement sur le
thème de la "mystique apostolique", thème qu’il
a abordé dans son volume sur Mystique et action.
Cette recherche nous passionnait (me passionne toujours) et nous avions
pu convenir d’une convergence d’opinion à travers la
diversité de l’approche ignatienne et de celle de Thérèse
d’Avila.
Maintenant, il vit certainement cette union au Seigneur après laquelle
ont soupiré tous les mystiques! Merci encore de m’avoir fait
partager quelques confidences concernant sa propre recherche de l’union
au Seigneur.
***
Un écrivain qui a fait sa thèse
de doctorat avec le P. Bernard
États Unis, le 2 juillet 2001
Je lis avec tristesse votre compte rendu de la mort du P. Bernard et je vous suis reconnaissant de m'avoir mis au courant. J'ai une dette de reconnaissance toute particulière envers le P. Bernard, parce que, sans son aide, probablement je n'aurais pas fini mon travail à l'Institut, qui avait été interrompu pendant plusieurs années. Il balaya les obstacles potentiels et dirigea lui-même ma dissertation, de cette façon tout arriva à une conclusion heureuse.
***
Une carmélite
France
Nous avons toujours apprécié sa simplicité, sa disponibilité,
sa manière d’exposer avec clarté des sujets complexes
et parfois tellement au-delà de notre expérience commune.
Notre prieure d’ici, qui est originaire de la région de Berck
où il passait quelques semaines chaque été, a été
aussi frappée, en parlant avec lui de connaissances communes, de
sa proximité avec les gens simples de son pays d’origine.
***
Une religieuse missionnaire
France, le 21 mars 2001
Nous nous connaissions depuis bientôt 40 ans. Dès
le début de ma vie religieuse, il m’avait guidée avec
cette connaissance profonde qu’il avait de la personne, de la vie
spirituelle et la fidélité de son amitié.
Le Père Bernard était vraiment un père pour moi et
je lui dois ce que je suis devenue. […]
Le P. Bernard, dans sa maladie et sa mort, a été configuré
au Christ qu’il aimait tant. Près de Dieu maintenant, il veille
sur nous.
***
Le 19 juillet 2001
Pendant près de 40 ans, à travers les étapes de ma
vie religieuse missionnaire, en France, à Madagascar, à la
Réunion, puis de nouveau, en France, il a été pour
moi un père, un ami fidèle, un guide sûr dont l’amitié
sans faille le liait aussi à ma famille.
Après de longues années de séparation, volontaire pour
l’accueil des pèlerins du Jubilé, je le retrouvais à
Rome en janvier 2000. Quelle joie de nous revoir! En septembre 2001, alors
qu’il donnait une session aux carmélites de Compiègne,
il me guidait pour ma retraite. Pendant plusieurs jours, nous avons prié,
partagé, mangé ensemble. Nous mangions tous les deux dans
le petit parloir, évoquant nos souvenirs, regardant l’avenir
avec confiance. Il ne mangeait pas beaucoup. Cela m’inquiétait.
Je lui en parlais. Il me dit qu’il n’avait pas faim, que cela
lui suffisait, et je sentais qu’il ne voulait pas s’étendre
sur ce sujet. J’étais loin de me douter de la réalité…
Sa connaissance de la vie spirituelle en faisait un guide extraordinaire
qui m’a conduite à cette liberté intérieure vers
laquelle toute vie intérieure doit tendre. Je lui dois beaucoup et,
comme vous l’écrivez si bien, "son départ laisse
un vide que rien ne peut combler".
Le projet de recueillir ses lettres ou conseils spirituels est une excellente
initiative.
***
Une mère de famille
France, le 11 juin 2001
Nous aimions beaucoup le Père qui a été toujours
si bon à l’adresse de son ami prêtre à Cuisy,
et prêtre de notre paroisse; depuis très longtemps nous le
retrouvions chaque été et en sa compagnie tout devenait "si
clair et si simple".
Il y a une dizaine d’années j’étais allée
à Rome avec une amie, le Père avait emprunté une voiture
pour nous acheminer à Assise. Il nous avait émerveillés
une fois de plus par sa grande connaissance et son approche si vivante avec
tous les grands saints; citant St. Bonaventure etc.. comme si il les connaissait
vraiment.
***
Une religieuse
France, le 27 juin 2001
Je l’ai peu connu mais assez pour apprécier sa haute intelligence,
ses grandes connaissances, sa profondeur spirituelle.
Dans la préparation du colloque il m’avait vraiment soutenue
par sa confiance inébranlable et sereine.
C’était un grand homme et si simple.
***
Une religieuse
Italie
[…] Le P. Bernard a été pour moi le "Père
Spirituel". Lui même décrit cette figure dans son livre
"L'aiuto spirituale personale" [il n'existe pas d'édition
française de ce livre]. Il a été un vrai don de Dieu!
[…] Le P. Bernard m'a prise par la main et j'ai senti en lui une sûreté/assurance
qui me permettait de croire et d'avancer. Portée à douter
et à rechercher des assurances intellectuelles sur lesquelles appuyer
mon action, peu à peu j'ai dû laisser tomber idées,
assurances et surtout jugements moraux. […]
Son regard était tourné vers le futur, riche d'espoir et de
confiance, malgré mon aveuglement et ma faiblesse. Il savait saisir
l'agir de Dieu. Je devinais que par expérience et par connaissance
il connaissait les différentes étapes du chemin spirituel.
Il me disait: "Mais Dieu seul sait le quand et le comment, nous devons
patienter".
Il avait une connaissance humaine et spirituelle très grande, et
moi j'ai toujours eu une grande envie de comprendre. Un jour il me dit:
"Tu es têtue, mais Dieu est plus têtu que toi; avec les
malins, il est malin. Dans le chemin spirituel, disait-il, on ne peut pas
comprendre avant d'avoir fait l'expérience, seulement après
avoir vécu, on connaît". Cela a été très
dur pour moi. Très souvent j'ai exprimé ma souffrance de ne
pas comprendre ce que j'étais en train de vivre. Aussi cette souffrance
était vécue en communion, et il ne me laissait pas manquer
l'aide, mais il n'a jamais cédé à mes requêtes
d'explication sur ce que je vivais. Il se limitait à m'indiquer le
chemin avec beaucoup de patience et quelque fois aussi avec son bon rire.
[…]
Lorsque j'exprimais mes difficultés dans les relations, il savait
relativiser. Il orientait vers cette liberté tellement difficile
dans les communautés de femmes, une liberté qui n'est pas
un désintéressement à l'égard de la vie de l'autre,
mais qui évite des comparaisons inutiles et stériles, sans
se culpabiliser soi-même et sans non plus juger les autres, et qui
évite surtout la curiosité féminine qui s'intéresse
à ce qui ne la regarde pas. "Tu ne peux pas changer l'autre,
disait-il, pourquoi t'en faire autant?" De cette façon il invitait
à se remettre devant Dieu, avec sa propre réalité et
à retrouver une attitude plus juste et plus libre. Il était
en effet très libre et il était un homme de paix. […]
Tout ce que le p. Bernard a écrit et enseigné était
étroitement uni à son expérience spirituelle […].
Il m'a dit: "Chaque livre naît dans la prière". Maintenant
ses nombreux écrits et le souvenir de ce qu'il a vécu rendent
sa présence vivante.
Une religieuse infermière
France, Pentecôte 2001
Les lettres du Père, qui étaient toujours très personnelles,
et écrites dans des moments assez particuliers, je les ai détruites
lors de mes mutations successives. Il me reste cette homélie qu’il
a faite à l’occasion de mon jubilé d’argent de
profession religieuse. Je vous la joins.
Il reste!… dans ma mémoire et dans mon cœur comme ce père,
ce frère que le Seigneur a mis sur ma route en 1964, alors qu’une
lourde épreuve familiale et une crise spirituelle me laissaient sans
issue!
Le P. Bernard était alors à la Maison Mère… et
je suis allée le voir à la Chapelle des confessions, vidant
toute ma peine… devant quelqu’un qui m’apparaissait alors
comme portant le cœur miséricordieux de Jésus lui-même.
L’année d’après, en 1965, je le retrouvais pendant
un mois pour la préparation aux vœux perpétuels…
Je crois que nous ne sommes plus quittés… tant de confiance,
tant de complicités, tant de découvertes nous unissaient.
Evidemment il marchait à des km en avant, mais en donnant l’impression
d’aller au même pas que moi.
Qu’il était humble!…
Mes parents, mes frères et sœurs ont eu la joie de le recevoir
chez eux, de discuter avec lui, de plaisanter… et d’être
réconfortés dans des moments difficiles… et d’autres,
plus heureux.
Les fêtes! Il a été là à l’un ou
l’autre anniversaire de mariage… à la fête de notre
mère. Mes différentes communautés l’ont accueilli
et mes sœurs ont bénéficié de ses entretiens,
de ses célébrations eucharistiques et de ses homélies
si bienfaisantes! J’ai été un jour à Berck, avec
lui…, et à Cuisy en Almont dont je garde un souvenir si triste!…
La dernière fois que je l’ai vu, c’est à Rome
le 3 octobre 1998, lors d’un Congrès de la Santé! Je
ne pensais pas que ce fût la dernière fois!…
Lorsque j’ai téléphoné au Père, entre
Noël et Nouvel An, il m’a parlé de sa prochaine hospitalisation,
de l’opération sur l’œsophage qu’il devait
subir. Il m’a parlé aussi de son dernier livre et de ses projets
de vacances en été. Il était sûr de guérir,
il avait une grande confiance en ses médecins. Il devait m’envoyer
ses adresses de l’été pour que je puisse le rejoindre
dans un des carmels, il m’a dit qu’il ne pouvait plus venir
en […], il voulait éviter les trop nombreux déplacements…,
vous savez, on vieillit… me disait-il…
J’avoue que j’ai encore de la peine à croire que je ne
le reverrai plus ici-bas... Mais je suis sûre que de là où
il est, il n’oublie personne de ceux qu’il a connus et aimés
de son cœur si généreux.
Tout ce que vous avez dit, je l’ai aussi expérimenté.
Son amour pour Dieu, sa constante recherche de la volonté du Seigneur,
sa tendresse, sa patience son respect de chacun, sa largeur de vues…
mais aussi sa profonde pitié, sa prière contemplative, sa
propre vie mystique, jusqu’à désirer “mourir d’amour”…
je ne le savais pas aussi précisément, mais je suis sûre
de ce que vous dites.
Je crois que vous avez eu la grâce immense de grandir auprès
d’un saint, au quotidien.
***
Une trappistine
Italie
"Je pense souvent au […] P. Bernard qui, à mon avis,
est un grand mystique.
Je me souviens toujours de la fois où je l'invitai à donner
quelques journées de spiritualité aux Juniores à […];
je le voyais alors absorbé à la chapelle!
Ce qu'il disait, il le vivait.
Deo gratias pour ces témoins"
***
Une femme consacrée
Argentine, le 11juin 2001
La dernière lettre que j’ai reçue du Père Bernard
avait la date du 31 Décembre 2000. Il était bien à
ce moment… tout semble avoir été très vite.
Je suis désolée… je le connaissais depuis 40 ans…
et même si l’océan sépare l’Italie de l’Argentine,
il était toujours présent à travers ses lettres…
Je me rappelle d’une de ses lettres quand est mort mon père:
14 septembre 1983
Le meilleur moyen que nous avons de nous préparer à l’offrande
dernière que nous ferons de nous à Dieu, c’est encore
de nous donner chaque jour aux autres. Si nous nous donnons dans la charité
sans retenir pour nous notre temps et nos forces, nous nous accoutumons
à vivre dans le don; le dernier instant sera alors celui du don suprême
et définitif.
Son offrande dernière a été son don suprême et
définitif au Dieu qu’il aimait avec toute la tendresse et la
force de son cœur. Il était un mystique… un homme plein
de la sagesse de Dieu.
***
Une mère de famille
Italie
Le groupe "Lumen Christi" [un groupe de prière que le P. Bernard a guidé chaque samedi pendant plus de vingt ans] m'a beaucoup donné et m'a enseigné à regarder le Christ comme lumière du monde et lumière de ma vie et le P. Bernard a été mon maître. J'ai toujours eu en lui un point de référence et un appui sûr, toujours disponible à toute requête. Mais ce qui me frappa il y a 25 ou 26 ans, quand je le connaissais à peine, ce fut son humilité. Il venait souvent chez moi, lorsque ma fille souffrait d'une infection au pied et, se mettant à genoux, il le massait délicatement pour la soulager un peu. Ce fait me bouleversa et je me posai un tas de questions, mais la seule répnse qui me venait était que j'avais connu une personne extraordinaire et merveilleuse et j'avais l'impression d'accueillir Jésus dans ma maison. Pour ceci et pour tout ce qu'il m'a donné spirituellement je veux dire Merci et je demanderai toujours son aide, étant sûre de sa gloire au paradis.
Une carmélite
France, le 5 février 2001
Quelle a été cette rencontre du Père avec ceux, celles,
dont il a parlé, sur le message desquels il a tant réfléchi…
des François, Thérèse, Marie de l'Incarnation, Jean
de la Croix, et bien sûr, Ignace et tous les autres… oui, quelle
a été cette rencontre et cette illumination? Ses quatre tomes
doivent lui paraître du vent maintenant; et pourtant, quel vent! […]
Enfin, le voilà libre de son corps, de toutes ces limitations, il
est véritablement vivant maintenant, et c'est nous qui déchiffrons
comme des enfants le langage de l'amour dans lequel il est pleinement désormais.
Merci au Seigneur de faire qu'il ait terminé son quatrième
tome: pour lui, il n'avait pas besoin, mais pour nous, pour l'Eglise…
J'ai été bouleversée en apprenant sa mort, je ne savais
pas sa maladie, son opération, rien et je n'ai pas encore réalisé.
[…] Mais qu'est-ce que tout cela à côté de la
profonde Paix et Béatitude qui est la sienne.
***
Une femme consacrée
Italie, le 3 février 2001
A présent le Père est dans la joie éternelle du Ciel,
immergé dans le Cœur de Jésus qu'il aimait tant et qu'il
a tant fait aimer par ses écrits, ses nombreuses publications, ses
conférences, la direction spirituelle.
J'ai toujours admiré en lui la certitude de sa foi, sa sérénité
pacificatrice, l'amabilité de son accueil, ses conseils prudents
et mesurés. J'étais étonnée de ses prévenances,
en particulier lorsqu'il m'offrait ses livres ou des copies de ses conférences.
Les dernières au mois d'octobre, lors de ma dernière visite.
"Concile et renouveau de la Spiritualité", "L'expérience
trinitaire de sainte Thérèse de Lisieux". Elles resteront
comme son testament pour mon chemin spirituel.
Dès que j'ai appris la mort du Père, je l'ai prié avec
foi et amour, étant sûre que plus encore qu'auparavant il m'aide,
il me soutient, il me conseille, parce que dans la lumière du Ciel
il voit mieux le mystère secret de l'âme que souvent les paroles
sont incapables de traduire.
***
Une religieuse
Corée
La figure du P. Bernard est très vivante dans ma mémoire.
Je me souviens de lui comme d'une personne équilibée, harmonieuse.
C'était un directeur spirituel plein de sagesse, un professeur exigeant
et en même temps un père chaleureux et humain.
Sa personnalité équilibrée me permettait de m'exprimer
moi-même librement, avec beaucoup de confiance. Chaque fois que je
le rencontrais […], je m'étonnais de sa bonté et de
sa simplicité. […]
L'objectivité de ses conseils m'ouvrait le chemin pour marcher avec
décision vers le Seigneur. Il avait les paroles justes, c'est-à-dire
qu'il ne disait ni un mot de plus ni un mot de moins de ce qui servait.
C'était une personne capable d'écouter les autres et capable
aussi de dédramatiser les situations, même lorsqu'elles paraissaient
dures, avec son bon rire.
Sa personne était pour moi une voie sûre conduisant au Seigneur,
comme Jean Baptiste qui indiquait à ses disciples l'Agneau de Dieu.
J'ai encore beaucoup de confiance et d'espérance dans son intercession
qu'il accomplit maintenant à la présence du Seigneur pour
le bien de ses enfants.
***
Une religieuse
France, le 8 février 2001
Que dire? Cette nouvelle est comme une lame de rasoir. Même pour
ceux qui n’ont pas eu la grâce […] de le connaître
depuis de longues années! J’avoue que depuis environ un mois
et demi son départ me paraissait proche et le vers de Pierre Paolo
Pasolini: Supplique à ma mère: "O Mère ne veuille
pas mourir" me revenait comme un leitmotiv concernant le Père.
Le 15 il a téléphoné et tous ici nous l’avons
entouré de nos prières. […]
Le 10 mai 2001
Je vous avoue que la présence du Père est dans l’ordre
de la foi, parfois "quasi tangible". Je lui ai confié tous
ceux dont j’ai la charge et certains ont été exaucés
aussitôt. Cette rapidité d’exaucement m’a saisie.
[…]
Le 29 mai 2001
J’ai lu lentement, avec grande émotion contenue, le récit
de la maladie et naissance au ciel du Père. Egalement ses prières.
J’en connaissais deux et il est surprenant que son écriture
n'ait pas changé d’un millimètre en quarante ans…
Signe d’une grande stabilité. Elles m’ont fait saisir
ce qu’on devinait en lui, quelque chose de frémissant, une
nature sensible et un cœur tourné absolument vers Dieu. Les
photos sont là si belles, ce grand sourire. […]
***
Le 13 juillet 2001
En 1999 il est venu à la Communauté et j’y vois une
des plus grandes grâces de ma vie. J’ai pu en toute confiance
lui ouvrir mon âme. Dès lors ce fut comme mon père spirituel.
[…]
J’ai été frappé par son écoute; lui, théologien
d’une telle envergure, savait écouter quiconque lui adressait
la parole. Une lettre reçue de sa sœur elle-même me confirme
en ce sens: chez lui à Berck-Plage il parlait patois avec tous, le
connaissant parfaitement, tous pouvaient l’aborder et trouver réconfort,
conseil.
Psychologue né, il semblait lire en nous, mettait en lumière
avec tendresse sans blesser tel point névralgique. Il aimait à
citer Jean de St Thomas: "A peine peut-on toucher une âme sans
qu’elle saigne".
Quand il ne voyait pas de façon claire la volonté de Dieu
sur nous, il suspendait son jugement, attendait et priait. Il était
à la fois à l’écoute de l’Œuvre subtile
et si secrète de l’Esprit dans l’âme et à
l’écoute de ce que ce même Esprit lui suggérait
dans la prière. C’est pourquoi nous pouvions le considérer
comme un guide assuré. Tout ce qu’il m’a dit demeure
gravé à l’instar de prophéties. Rétrospectivement
je vois bien que Dieu l’a éclairé avec sûreté,
il a su être tranchant mais ce glaive était celui de Dieu et
donc libérateur.
Il a su mettre au large et appeler à la liberté intérieure.
Je l’ai constaté dans l’âme de tel ou telle dont
je m’occupe aussi et qui lui ont parlé.
Avant de commencer un entretien il disait une prière qu’il
m’a copiée et que je conserve et utilise :
"Mets tes paroles sur mes lèvres
Mets tes pensées dans mon cœur
Mets en mon âme ta douceur
Et ta lumière en mon esprit!"
[…] Je lui demandais comment il faisait oraison, car son attitude
recueillie nous frappait tous. Il m’a simplement dit qu’il essayait
de faire silence et comme une plaque de se laisser "impressionner"
par Dieu. Il était saisi par le Mystère de l’Hostie
et c’est ce qui nous a rapprochés.
Sa mystique préférée? Ste Thérèse de
Lisieux. Il m’a raconté dans une lettre comment au noviciat
en grimpant l’escalier il fut saisi par ce que serait sa vocation
personnelle: ne pas parler de lui, mais écouter les autres. C’est
la raison pour laquelle il était si attentif aux expériences
spirituelles de tous.
Il me disait qu’il passait chaque matin 2 heures environ en entretiens
spirituels, que rien ne le choquait. "On voit toutes sortes de choses!"
disait-il.
Il était pacifié, unifié, avouant: "Si Dieu veut
me prendre avant que j’aie terminé mon travail, c’est
qu’il n’en a pas besoin. C’est bien". Il ne fallait
être attaché à rien. "Si Dieu donne, c’est
bien. S’il ne donne pas, c’est bien aussi".
***
Une religieuse
Italie
[…] je voulais faire le point sur ma situation spirituelle. Le nom
du P. Bernard m'avait été suggéré en même
temps que d'autres, parce qu'on savait qu'il était très occupé
ainsi que très exigeant Je le choisis précisément à
cause de cette caractéristique, mais je doutais qu'il ne m'accepte.
Je l'ai eu au téléphone et il me dit d'aller chez lui le jour
suivant. Je me suis précipitée, lui disant tout de suite mes
faiblesses les plus grandes, de façon à ce qu'il sache tout
de suite à qui il avait à faire. A ma grande surprise et mon
immense joie, sa réponse fut: "Mais ici ce qu'il faut, ce sont
les Exercices de saint Ignace" et il se rendit disponible pour les
faire dans la vie courante, étant donné que j'avais d'autres
engagements.
Cela fut un'expérience inexprimable qui m'accompagne encore, de même
que m'accompagne la présence spirituelle du Père. Ce qui m'a
profondément touchée, ce fut sa capacité d'écoute.
Il m'écoutait avec un tel intérêt et une telle attention
que j'en étais étonnée. Moi, si petite et si pauvre,
j'étais prise en une telle considération par une si grande
personnalité? Moi, je pouvais me permettre de lui prendre tout le
temps dont j'avais besoin? C'était une expérience extraordinaire,
à tel point que je pensais et que je lui disais: Si Dieu m'écoute
comme vous vous m'écoutez, j'en suis déjà superheureuse…
(Mais, certainement, Dieu m'écoute encore mieux!)
Une autre chose qui m'a étonnée, c'était sa prière.
Il me disait: "Chaque matin, à la messe, je pense à toi,
je te nomme".
Ce sont des expériences qui transforment la vie… Je suis contente
qu'on fasse quelque chose pour faire connaître les richesses que Dieu
cache dans ses saints…
***
Une carmélite
France, le 14 juin 2001
Oui le Père Bernard laisse une grande œuvre pour la spiritualité
de notre temps, mais aussi et surtout un témoignage assez exceptionnel
de vie intérieure. J’ai toujours beaucoup apprécié
à la fois sa profondeur et ses directives spirituelles en même
temps que sa simplicité, surtout au fur et à mesure que l’on
se connaissait mieux. Je crois que l’accroc de santé survenu
à Surieu a révélé toute son attitude d’abandon,
nous en avions été très touchées et moi en particulier,
quand nous l’avons conduit à l’hôpital. Vous vous
souvenez certainement?
Merci pour les prières, ce sont celles de sa "jeunesse"
empreintes de cette candeur qui ne l’a pas départi. […]
Sans doute y aura-t-il encore d’autres publications…
Pour ma part je n’ai pas conservé de lettres particulières.
Pendant de longues années je l’ai rencontré une fois
par an et cela a suffi pour recevoir une orientation qui me marque. Et puis
il y a les livres que l’on apprécie encore mieux après
l’avoir entendu!
***
Une missionnaire
Italie
[…] Depuis quinze ans le P. Bernard a accompagné mon chemin
spirituel: en lui j'ai trouvé un père bienveillant, un guide
austère et illuminé, une doctrine solide, une parole sûre,
une grande disponibilité et beaucoup de respect.
[…] Je remercie Dieu pour cela.
***
Une Carmélite
France, le 8 novembre 2001
Personnellement il m’est difficile de dire tout ce que j’ai
reçu du P. Bernard au long de ces 40 années de relations.
Bien que venant chez nous depuis plusieurs années, ce n’est
qu’à la retraite de Communauté en […] que je suis
entrée en rapport avec lui, cela a été décisif.
Alors qu’il utilisait quelquefois à cette époque des
tests et des moyens psychologiques, ce que j’ai senti de suite, dans
sa prédication comme dans les entretiens particuliers, c’est
la profondeur spirituelle. C’est de cela que j’avais besoin,
que j’attendais sans savoir me le formuler et sans savoir où
le trouver. – Le Seigneur lui-même me l’a donné
–. Cela peut paraître étrange après 13 ans de
Carmel et de fréquentation de ses Maîtres! Il fallait une chiquenaude;
elle est venue par le P. Bernard.
J’ai plusieurs lettres allant de 1961 à 1976. Toutes n’ont
pas le même intérêt. Ensuite, de plus en plus pris à
l’Université, les courriers se sont raréfiés,
mais, à quelques exception près, il passait tous les ans chez
nous durant ses vacances en France. Je recevais autant de ses conférences,
des rencontres communautaires et de ses écrits que des entretiens
personnels. C’est comme si, à point nommé, le Saint
Esprit lui inspirait la parole ou le texte que j’attendais, dont j’avais
besoin.
Ce que je constate, c’est l’assurance, le réconfort,
si je puis dire, qu’il me donnait de moi-même: par exemple au
récit de l’origine de ma vocation au Carmel dont je lui décrivais
le souvenir si précis d’une expérience à l’âge
de 8 ans, sa réponse nette: "vous êtes tout à fait
dans votre vocation", personne ne m’avait jamais dit cela. D’autres
fois: " Vous avez eu des blocages dans votre enfance", ou encore
"vous êtes équilibrée!" ou "Il y a continuité
dans votre vie". Autre exemple plus récent, je traînais
au fond de moi depuis une retraite personnelle – 10 jours au "désert"
- durant mes années de Profession temporaire comme un "Point
noir" qu’il m’était impossible de définir,
d’exprimer, comme un blocage et en même temps pas un blocage
puisque je poursuivais ma route et voilà qu’en 1996 ou 97,
expliquant à la communauté son projet de cours et de conférences,
il parle du "point" dans la vie spirituelle: un éclair
pour moi, j’ai à cette minute ma réponse: ce "Point"
c’est Dieu; impossible de […] dire ma dilatation instantanée!
Par la suite j’en parlais avec la Prieure d'alors. Elle-même
avait été frappée de ce qu'avait dit le Père.
L'année suivante j'évoquais cela avec lui, il n'avait plus
l'air de se souvenir de ce qu'il avait voulu dire; en tout cas ses paroles
m'avaient ouvert l'esprit!
Les trois Tomes du Dieu des Mystiques m'apportent aussi beaucoup. Ce qui
est par trop savant pour moi ne me gène pas pour apprécier
tout ce qu'il écrit et décrit de la vie profonde des Saints
étudiés. Ce que j'aime par dessus tout c'est son retour constant,
sa référence au Mystère de l'Incarnation Rédemptrice
et à la Foi
.
***
Une religieuse
Italie
[…] Lorsque je lui téléphonais pour lui demander un
rendez-vous, il me disait toujours que je pouvais y venir quand je voulais,
à n'importe quelle heure de la journée; d'habitude je choisissais
les premières heures de la matinée, tout en sachant que c'étaient
des heures très précieuses pour lui. Il arrivait au parloir
toujours le sourire aux lèvres et il m'accueillait très chaleureusement.
Pendant une heure environ de conversation, je pouvais l'écouter et
admirer sa richesse intérieure, la joie profonde avec laquelle il
goûtait le fruit de ses recherches, et j'étais toujours plus
convaincue du fait qu'il était vraiment épris de Dieu.
La profondeur de ses propos, presque toujours axés sur les études
qu'il était en train de conduire dans le domaine de la théologie
spirituelle, ne l'empêchait pas de rester et de se manifester dans
une simplicité désarmante, dans une façon d'être
et d'agir "autenthique", "fraîche", avec ce style
qui fait penser à l'enfance spirituelle. Lorsqu'il me parlait avec
autant d'onction et de conviction des découvertes qu'il faisait en
approfondissant la vie mystique de tant de saints et que je lui disais qu'il
n'aurait pas pu écrire certaines choses s'il n'en avait pas fait
l'expérience personnelle, il ne me répondait pas par des paroles,
mais ses yeux resplendissaient plus que d'habitude et ils acquéraient
une lumière et une intensité particulières; c'était
la confirmation tacite qu'il ne pouvait pas en être autrement.
Cette expérience spirituelle était la source de sa sérénité
tranquille et paisible. Les problèmes – de quelque genre qu'ils
fussent, personnels ou des autres – ne le troublaient pas outre mesure.
Son orientation était d'avancer, de laisser tomber; il communiquait
la perception qu'il se trouve, lui, à un autre niveau, celui à
partir duquel on regarde la fragilité de l'humain avec les yeux de
l'éternité. Au fur et à mesure qu'on égrenait
les problèmes devant lui, avant même encore qu'il donnât
la réponse, ils fondaient comme neige au soleil. La vraie vie est
une autre, semblait-il vouloir dire, passons à l'autre rivage, ne
nous laissons pas troubler par ce qui ne dure pas dans le temps. Sa personne,
sa façon d'écouter et son attitude étaient déjà,
au-delà et au-dessus de la parole, une réponse hautement signifiante.
J'ai eu la chance d'avoir reçu comme don de lui toutes ses publications,
toujours enrichies d'une dédicace; il s'agit de courtes phrases tirées
de l'Ecriture ou des auteurs présentés dans le livre. […]
Je prends l'exemple de la dédicace de son dernier livre, LeDieu des
mystiques. La conformation au Christ. Voilà ce qu'il écrit:
"Fixe ton regard sur lui seul, en qui je t'ai tout dit et tout révélé"
(saint Jean de la Croix). C'est le dernier message écrit qu'il m'a
adressé; j'estime que le choix de cette phrase correspond pleinement
à ce qu'il a toujours fait dans sa vie spirituelle.
***
Une religieuse
Italie
Les jours et les mois s'enchaînent, mais le Père continue
à être présent et vivant dans le souvenir et dans le
cœur. […] Le P. Bernard a été pour moi le Père
qui m'a pris par la main avec douceur et fermeté et qui m'a conduite
dans la voie de Dieu en me communiquant le goût de l'adhésion
amoureuse à la volonté de Dieu, de la petitesse, de l'abandon.
Je ne peux oublier les fois qu'il m'attendait à la grand porte de
Frascara [le bâtiment de l'Université où logeait le
Père] avec un sourire qui exprimait toute sa bienveillance et son
affection. Parfois il me faisait penser au père de la parabole de
saint Luc attendant anxieusement son fils aimé.
Mais le P. Bernard a étendu à travers moi son cœur de
pasteur et de maître de l'esprit aussi aux personnes que pendant ces
années le Seigneur a voulu confier à mon ministère.
Lorsque dans l'accompagnement spirituel des jeunes des doutes surgissaient
en moi, je faisais recours au conseil du Père. […] Ses conseils
étaient précieux et il m'a éduquée à
me mettre dans une écoute révérentielle de l'Esprit
afin de percevoir de quelle façon Dieu était en train de conduire
telle personne, pour pouvoir seconder en tout l'action divine. Dans ce ministère
délicat, le Père était l'homme de Dieu profondément
humain, toujours disposé à accompagner avec générosité
la personne en chemin pour qu'elle puisse avancer sur la voie que Dieu lui
manifestait au fur et à mesure. […]
J'ai une immense reconnaissance envers le Seigneur qui dans sa Providence
a disposé que je rencontre le P. Bernard. J'ai la certitude qu'en
lui j'ai rencontré un saint, qui à travers sa douceur, sa
compréhension sans bornes, sa confiance, la patience d'attendre les
temps de Dieu et la joie qui se manifestait sur son visage pour chaque pas
en avant, m'a révélé le Cœur et la tendresse du
Père.
* * *
P. *** ***
France
J’ai rencontré personnellement le P. Charles-André
Bernard une fois à Notre Dame de Vie et nous avions pu échanger
fructueusement sur le thème de la "mystique apostolique",
thème qu’il a abordé dans son volume sur Mystique et
action.
Cette recherche nous passionnait (me passionne toujours) et nous avions
pu convenir d’une convergence d’opinion à travers la
diversité de l’approche ignatienne et de celle de Thérèse
d’Avila.
Maintenant, il vit certainement cette union au Seigneur après laquelle
ont soupiré tous les mystiques! Merci encore de m’avoir fait
partager quelques confidences concernant sa propre recherche de l’union
au Seigneur.
* * *
Une religieuse
Québec, Canada, 2 février 2001
La Père Bernard fut un novateur, il me semble, dans l’enseignement
de la théologie spirituelle. Il intégra la dimension affective
en montrant la porte du symbole dans l’expérience spirituelle
et mystique. Ouvrage (Théologie symbolique et Théologie affective)
que les importantes Éditions du Cerf n’hésitèrent
pas à publier. Sa Théologie spirituelle est un instrument
de travail dans les Faculté de Théologie à travers
le monde. Les trois tomes du Dieu des mystiques sont une vaste synthèse
de la Théologie mystique dans l’Église. Il n’a
pu malheuresement terminer. La mort a interrompu son ardeur au travail.
Ces importants travaux furent réalisés dans la plus grand
pauvreté personnelle et une vie austère matériellement
et spirituellement. C’était un grand spirituel.
Arrivée à la Grégorienne en 1970 comme une des premières
femmes inscrites au Doctorat, je rencontrai le Père Mollat en vue
d’étudier le symbole dans saint Jean. Il me conseilla de rencontrer
le Père Bernard qu’il conseillait, me disant qu’il m’aiderait
en ce domaine, ce qui se vérifia rapidement.
Puis-je mentionner le dévouement du Père Bernard à
mon égard pour m’aider à inscrire mon projet de thèse
au Doctorat en vue d’être acceptée . Au cours d’une
maladie qui m’arriva, le Père Bernard vint deux à trois
fois par semaine à la Maison Générale où j’habitais
pour m’aider à élaborer ma thèse, et cela par
autobus. Je lui dois mon doctorat.
Que dire de son zèle pour aider ma communauté en étant
le conseiller lors du Chapitre général et pendant plus d’une
dizaine d’années instructeur au Troisième an de ma communauté.
Plusieurs religieuses ont beaucoup aimé et profité de ses
enseignements en vie spirituelle.
* * *
Abbé *** ***
France, le 11 septembre 2002
Jeune professeur à Compiègne au retour d'Algérie,
mon Évêque, Mr Roeder avait confié ma préparation
au sacerdoce au Père Charles Bernard qui enseignait aux Fontaines
à Chantilly.
Mon emploi du temps prévoyait en cette année scolaire 58-59
de passer tout le lundi chez les pères jésuites.
Habitué déjà à travailler au collège
pour mes cours d'anglais, de catéchèse, de préfecture,
ce n'était pas un changement radical, mais tout de même…
Arrivant avant 9 heures, je trouvais le Père Charles à l'accueil,
un café tout près et bien fort, et je recevais le viatique
de la journée: 5 ou 6 livres ouverts au chapitre à étudier
jusqu'à 11 heures. Visite du père Charles avec échanges
sur le travail du matin. Nous descendions ensuite pour l'examen particulier
à la chapelle et j'entendais: "Après votre détente
avec les confrères… vous reverrez tel ou tel point et vous
l'exposerez". C'était le style, la cadence de chaque lundi.
De plus en semaine je recevais par courrier une page tapée à
la machine sur le sujet de théologie.
Cela fut le menu chaque lundi, sauf vacances scolaires. Pourquoi écrire
cela, voilà: tout simplement pour dire quel maître j'avais
eu la chance de rencontrer. Travail exigeant, préparé, mais
non mâché déjà, disponibilité et au fur
et à mesure admiration pour l'attention amicale qui m'était
donnée.
La carrure humaine et spirituelle du P. Bernard a toujours été
présente à ma mémoire. Ce fut grande joie de le revoir
au Carmel de Compiègne trois années de suite 89-90 et 91 et
de partager un repas avec lui dans un sympathique restaurant où il
n'y avait pas que la nourriture terrestre au menu…
Solidité de la pensée, sens aigu de l'essentiel, pertinence
ouverte à la liberté, c'était chez lui tout cela, avec
une pédagogie hors pair, non dénuée d'humour.
J'en donne deux souvenirs tout simples, apparemment anodins.
Ce premier juin 1959, après un entretien spirituel et un échange
avant la retraite d'ordination à Beauvais, je lui dis mon hésitation
à faire le serment antimoderniste, imposé à cette époque.
Sa réponse fut à peu près celle-ci: «L'humilité
ne fait jamais de mal. Si les formules vous embarassent, vous savez bien
que c'est la Foi de Pierre de qui vous portez le nom que vous proclamez
au delà de la formulation toujours marquée par le temps».
Sur ce, à la chapelle de Chantilly, il recevait mon serment. Le comble,
8 jours plus tard, le supérieur du séminaire exigeait que
je recommence.
Le deuxième exemple date d'une quinzaine d'années, nous avions
visité à Rome où j'étais les Scavi de St Pierre,
et au moment où à St Clément j'allais emprunter l'escalier
de la crypte, il me dit: «Qu'est-ce que vous faites?» je répondis:
«Je descends…» j'entendis: «Vous descendez des siècles…»
Belle pédagogie, renforcée une heure plus tard à Sainte
Marie Majeure. Nous avions le cou tendu vers la mosaïque: «Que
voyez-vous?» Je lui donne ma description et interprétation
et: «Dieu, où est-il?» Je n'avais pas vu le siège
vide, présence invisible de Dieu… Il fallait le faire!
Avec d'autres étudiants qui ont été sur sa route, je
dis là tout simplement mon affectueux Merci.
***
Une étudiante
Italie, 25 juillet 2002
J'ai connu le Père à la montagne à Cortina, où
il passait habituellement le mois de juillet chez les Ursulines. Je garde
le souvenir de sa vitalité, de son calme et du sourire qu'il avait
dans toutes ses activités et aussi dans les promenades sur les montagnes.
Ces qualités représentaient sa fusion avec le Christ.
***
Une enseignante
Italie
Lorsque je connus le Père, j'étais une adolescente totalement
incapable de gérer ma rage inexprimée, non pas "inexprimable",
mais à proprement parler "inexprimée", parce que
je ne me doutais pas moi-même de son existence et que, de ce fait,
je ne pouvais en parler avec personne. Résultat: communication zéro.
Un jour [pendant les vacances d'été à la montagne]
le Père s'intéressa à des dessins décoratifs
que je gribouillais par ci par là; tout en les regardant, il m'expliqua
ce qu'il y lisait: "Tu es comme ceci, comme cela… tu cherches
ceci… ceci te fait souffrir…"
J'étais fascinée! S'exprimer sans paroles, à travers
des signes, sans savoir ce que l'on veut dire! Une science que j'ignorais.
Puis ce fut le tour des rêves.
Il arriva par hasard que je lui en raconte un et je me rendis compte que
cet homme réussissait à comprendre mieux que moi ce qu'il
y avait à l'intérieur de moi. C'était comme avoir trouvé
un langage; il me suffisait de lui donner une image, incompréhensible
pour moi, et il comprenait. Sans que je m'en rende compte, mon activité
graphique et onirique se multiplia rapidement.
Jusqu'à ce que, un matin, je raconte ce rêve – vraiment
mystérieux – et le P. Bernard l'interpréta comme si
c'était une page sur laquelle il pouvait lire clairement, à
l'exception d'un détail qui demeura incompréhensible pour
tous les deux.
Seulement après quelque temps, lorsque la réalité refléta
dans les faits le sens que le Père avait suggéré, en
dévoilant aussi le dernier détail, je compris clairement que
cet homme avait la clé du symbole, outre que la connaissance rationnelle.
***
Une mère de famille
Italie
Quand, d'habitude le soir, je traversais la Place de la Pilotta pour rejoindre
les Saints Apôtres et puis la Place de Venise après avoir rencontré
le P. Bernard, mon cœur, plein de reconnaissance et d'émerveillement,
était tourné vers le Seigneur: "Merci, Seigneur, pour
le P. Bernard, merci de nous l'avoir donné". Ei je pensais:
s'il existe des hommes comme lui, il est juste que Dieu épargne l'humanité,
il est juste qu'il soit miséricordieux envers nous. S'il y a des
hommes comme le P. Bernard, il y aura le salut.
J'ai connu le P. Bernard il y a environ vingt ans. Mais cela pourrait bien
en faire cent, étant donné le chemin accompli avec avec lui.
[…]
Avec une infinie bonté, patience, tolérance, lucidité
et force, m'a enseigné à me remettre toujours devant le Seigneur
et en conséquence à être libre, en rejetant toutes les
échelles de valeurs fausses ou erronnées.
J'étais un fruit recouvert d'une énorme et épaisse
écorce que peu à peu nous avons défaite (et je continue
avec son aide) pour arriver au noyau. Au noyau pur et simple.
Les souvenirs sont nombreux. Tous lumineux.
Sa présence dans la vie de ma famille: le baptême de mon second
fils, la première communion de mes deux enfants, la consécration
de ma mère, l'enterrement de mon frère, de ma mère…
Je me souviens avec plaisir d'un mémorable match de ping-pong au
cours duquel le P. Bernard battit à plate couture tous ses adversaires
bien plus jeunes que lui.
Comment expliquer la joie de vivre qui émanait de lui pendant qu'il
jouait comme un jeune garçon et combien d'admiration suscitait en
moi cet homme immense pour la foi et la culture, qui aimait tant la vie.
[…]
Et puis il y a les souvenirs de nos rencontres.
Sa façon si impressionnante de se mettre à l'écoute
de l'Esprit, quand son beau visage se transformait et il paraissait tout
à coup ne plus être dans la pièce.
Cette façon de parler avec lui et d'être comprise en profondeur,
souvent au-delà des paroles, comme il n'arrive jamais dans la vie.
Et ces phrases, ces conseils qui parfois me semblaient n'avoir rien à
voir avec ce qui s'était dit ou bien qui n'était pas ce à
quoi je m'attendais, et puis inexorablement je comprenais ou je sentais,
quelquefois après beaucoup de temps, que c'était justement
là le point.
J'ai traversé des moments difficiles dans le chemin parcouru avec
le Père. J'ai encore le souvenir très vif d'un moment pénible
à raconter. Le Père avait décidé que le moment
était venu pour moi d'affronter les Exercices de saint Ignace. A
un certain moment j'ai glissé dans un état épouvantable:
je ne dormais plus, je ne mangeais plus, je pleurais toujours. Et à
mon esprit affleuraient, comme dans un cauchemar éveillé,
des souvenirs douloureux que j'avais évidemment refoulés.
J'allai chez le Père en proie au désespoir et à la
peur et je n'oublierai jamais sa réaction à mon récit.
Il me sourit plein d'affection et puis il me dit avec un calme majestueux:
"Vous avez revécu la partie de votre vie qui n'a pas été
en présence du Seigneur".
J'ai aussi le souvenir d'un Père différent, très impressionnant
dans son autorité.
J'avais fait un vœu qui m'avait plongé dans un abîme de
vrai désespoir. Le Père se mit en colère lorsque je
le lui dis. Il se mit debout devant moi. Il était devenu énorme
et ses traits s'étaient raidis; il n'y avait aucune trace de douceur,
mais seulement l'autorité qui lui était conférée
par l'Esprit. Il me délia du vœu et toutes les chaînes
qui me serraient se dissipèrent.
Que de leçons reçues de lui. Que de vie. Que d'amour.
Aurais-je jamais pu aimer et me laisser aimer du Seigneur sans lui?
Quand il nous a quittés, je venais de perdre ma mère depuis
peu et j'errais dans la douleur et la douleur est devenue un océan.
Mais dans cet océan le Père était là. Et j'ai
réalisé, comme beaucoup d'entre nous, que lui ne me quittait
pas. Que l'aide et la présence sont constantes. Je regarde sa photo
et il me sourit en me disant: "Tu y arriveras!"
Et quand le chemin devient plus compliqué, le Père est là.
Il suffit de laisser revenir les phrases qu'il avait dites ou écrites,
il suffit de lui demander de nous aider et le chemin reprend.
Pendant des années je me préparais aux rencontres avec lui,
je faisais le point pour ne pas omettre les choses importantes que je voulais
lui raconter et au fur et à mesure que j'apprenais à le faire,
cela contenait déjà la réponse. Aujourd'hui encore
je le fais. Je m'arrête et je me dis: "Voilà, maintenant
nous allons raconter au Père où nous en sommes…"
et cela fonctionne.
Le chemin du P. Bernard sur cette terre a été un don du Seigneur
et nous avons reçu une vraie grâce en le croisant. Que le Seigneur
en soit loué et qu'il accueille notre gratitude.
***
Une Carmélite
France, le 29 août 2002
Les témoignages me font découvrir d'autres aspects du P.
Bernard. Je connaissais surtout le Père comme enseignant, professeur
en somme, même pendant ses vacances.
Quand je suis entrée au Carmel, il connaissait la communauté
depuis longtemps et venait régulièrement tous les ans faire
des conférences, le plus souvent sur Notre Mère sainte Thérèse
ou Notre Père saint Jean de la Croix. Comme je ne connaissais pas
du tout les saints du Carmel, ça me passait largement au-dessus de
la tête. Mais je me suis aperçue que d'année en année,
ça m'apportait quelque chose d'important pour les découvrir
er entrer dans leurs textes en profondeur. La retraite sur sainte Thérèse
de Lisieux, qui m'avait paru toute simple, m'a aussi beaucoup touchée,
à une époque où j'avais du mal à dépasser
chez elle le vocabulaire.
J'aimais sentir chez lui une culture spirituelle qui allait au.delà
des saints du Carmel, ce qui lui permettait de les situer dans un panorama
plus vaste, de les rattacher par ressemblance ou par opposition à
des courants spirituels antérieurs. Rien que sur ce plan il m'a beaucoup
apporté. On sentait que ses connaissances lui permettaient un grand
équilibre. Il donnait le goût de l'étude comme moyen
de progresser dans la vie théologale.
Pendant la messe, j'appréciais ses sermons qui étaient toujours
clairs et forts. On sentait une conviction profonde qui confortait notre
foi personnelle et notre attachement au Christ.
***
Une archéologue
Italie
Tout mon merci à ce Père aux yeux bons et souriants qui un jour m'a pris par la main et a attendu avec une patience pleine de tendresse anxieuse que le "Chevreuil obstiné" [surnom donné par le Père à celle qui écrit] découvre le chemin de l'amour.
***
Une mère de famille
Italie, 25 juillet 2002
La première fois où j'ai rencontré le P. Bernard
il était en train de célébrer la Messe dans la belle
chapelle des sœurs Ursulines [à Cortina d'Ampezzo, dans les
Dolomites, où le Père passait tous les ans une période
de vacances]. Ce qui m'a le plus frappé, c'est le ton de sa voix:
on aurait dit qu'il chantait. J'ai pensé à une foi joyeuse.
Lorsque, quelques années plus tard, j'ai eu le bonheur de faire quelques
promenades avec lui et avec quelques amies j'ai goûté la paix
qui rayonnait du Père, non seulement au moment de la prière,
et j'ai eu la certitude qu'il vivait continuellement en la présence
de Dieu d'une façon "athlétique" et joyeuse. J'espère
vraiment qu'à présent il continue à me guider, pour
que je puisse le rejoindre sur cette Cime parfaite que le Seigneur nous
a destinée. Merci P. Bernard!
***
P. *** *** sj
France, le 3 avril 2003
Le Père Charles André Bernard était un homme solide,
carré, massif, qui dégageait une impression de force et d’assurance.
Il était bien implanté, sûr de lui, ferme dans ses convictions,
immuable dans ses certitudes. Nous le taquinions pour ses opinions politiques,
il était gaulliste et chiraquien sans l’ombre d’une hésitation,
et surtout pour ses pronostics aventureux. Si par hazard le verdict des
élections lui donnait raison, il triomphait modestement. Mais souvent
il s’était trompé et son humeur s’en ressentait.
Quand on lui opposait les faits ou les sondages, il répliquait :
«mais je dispose d’une analyse plus fine ! » Ce n’était
pas facile de le desarçonner. Cette solidité tranquille, cette
façon de s’avancer en piétinant les platesbandes, ont
pu déconcerter des collègues plus âgés et très
vertueux comme le P. Dumeige et le P. de Finance surtout, qui n’aimait
pas les bulldozers. Mais c’était la force de Charles Bernard
que de foncer sur l’obstacle. Il était «inconfusible».
Mais tous appréciaient sa charité pratique, son bon sens et
sa lucidité (hormis en politique). On pouvait lui demander un service,
il était disponible, bien que, travailleur acharné, il n’eût
guère de temps à dépenser. En communauté il
était un élément capital, il était le lien du
groupe francophone, c’est lui qui organisait les petites réunions
autour d’un anniversaire ou d’un visiteur. Il lui suffisait
de murmurer aux oreilles un mystérieux «après»
pour qu’on sût à quoi s’en tenir et le lieu du
rendez-vous, où il distribuait royalement liqueur, biscuits et chocolat,
selon un rite immuable. Cet «après» était devenu
légendaire chez nos amis italiens.
D’origine et d’éducation «primaire», Charles
André Bernard allait droit au but et ne s’embarrassait pas
de détours. C’est ce qui rendait sa direction spirituelle si
libérante. Il simplifiait les problèmes, bien que philosophe
de formation il en connût la complexité. Quoique expert en
saint Thomas, il n’appréciait guère l’abstraction,
sa spiritualité était lestée de psychologie. Certainement
il a libéré beaucoup d’âmes. C’est qu’il
avait lui-même une forte vie spirituelle, arrimée à
une grande régularité, et une admirable générosité
apostolique. Sa demi-surdité accentuait son écoute du Maître
intérieur. Tous les matins, sans omission, il se rendait à
la Trinité des Monts pour y célébrer la sainte Messe.
Quand il logeait au 4ème étage du grand bâtiment - avant
de s’installer à Frascara - je le voyais réciter son
bréviaire dans le couloir au début de l’après-midi
alors que tous ses voisins s’abandonnaient au repos béni de
la siesta. Sa piété solide, régulière, servait
de soubassement à une connaissance de la mystique qui était
certainement expérimentale. Elle l’avait armé pour la
direction spirituelle. En plus il était capable d’une attention
et d’une délicatesse de cœur que l’on n’aurait
pas distinguées au premier abord. C’était un homme tout
d’une pièce; et cependant il savait s’adapter et, chose
rare, il comprenait intuitivement les âmes féminines.
Ses opinions tranchées, son caractère un peu rugueux et quelques
déclarations sans nuances ont écarté de lui des confrères
et des collègues qui le connaissaient mal ou qui craignaient son
emprise. C’est ainsi que lui, grand connaisseur des mystiques et des
spiritualités, conférencier, auteur reconnu d’ouvrages
de base, n’a pas été un collaborateur attitré
du Dictionnaire de Spiritualité. Il aura connu, sans broncher, le
signe qui dans la Compagnie est le test le plus sûr de la valeur:
la jalousie. Il ne s’en est jamais plaint, et je ne me souviens pas,
dans sa bouche, de jugements sommaires ou méprisants. On peut haïr
la médiocrité et cependant supporter les médiocres.
Il était très attaché, malgré la paternité
corse, à son terroir d’origine, ce Pas-de-Calais maritime autour
de Berck, où il retournait chaque été. L’Artois
était un lien entre lui et moi, mais il ne cherchait pas à
s’enquérir des allées et venues des autres. Sa discrétion
était exemplaire. La vie spirituelle s’enveloppe de silence.
Et quand on reçoit les confidences de tant d’âmes, il
importe de les ensevelir dans un profond secret.
Nous avons abandonné l’enseignement à peu près
en même temps. Il est parti avec les honneurs, laissant en bon état
de marche son Institut de Spiritualité. Il a continué son
œuvre d’écrivain avec cette capacité de travail
qui l’avait fait admirer dès les débuts du scolasticat.
Peut-être devinait-il que le temps lui serait désormais mesuré.
Je ne l’ai plus revu qu’en passant, toujours solide, avec sa
cordiale franchise. J’ai appris mal et trop tard qu’il était
miné et menacé, puis j’ai su sa mort édifiante
et courageuse. Il avait rempli sa tâche, il n’attendait pas
de récompense terrestre. Qui ad justitiam erudierunt multos, fulgebunt
quasi stellae.
***
Une religieuse
France, le 1er mai 2003
Les témoignages que j’ai lus jusqu’ici m’ont aidée
à mieux prendre conscience de toute l’aide que j’ai reçue
du Père Bernard, et je dois dire que dans la nouvelle étape
de ma vie, il m’est très présent.
Le Père Bernard «reconnaissait» les personnnes, se rappelait
de leur physionomie spirituelle. Il n’était pas nécessaire
de dire beaucoup de mots pour qu’il comprenne. Il voyait. Mais jamais
il ne devançait. Parfois, j’avais l’impression de n’avoir
rien dit, de lui avoir fait perdre son temps. Mais non: quelques indices
lui avaient permis de «vérifier». Psychologie et symbole
se rejoignaient pour una saisie vraie de son interlocuteur, plus encore
que les paroles. Quand il parlait de son travail et de ses livres, on apprenait
beaucoup aussi, c’était tout un regard sur la réalité,
tout sauf du conventionnel.
Je me rends de plus en plus compte de la sagesse da sa conduite. Pour ceux
qui ne le connaissaient que superficiellement, il pouvait avoir l’air
austère, d’un autre temps pour ainsi dire. Il aidait à
s’en remettre au Seigneur qui sans cesse agit dans le monde et dans
l’Eglise, même si nous nous le voyons pas. Ses mesures ne sont
pas nos mesures. Il m’a évité bien des pièges.
Il dédramatisait les situations et vous lançait parfois une
remarque de bon sens qui remettait les choses en place, ou riant de bon
cœur. Il avait une manière de venir à vous avec un large
sourire et une chaleureuse poignée de mains. Je suis convaincue aussi
de la force da sa prière. Pourquoi la difficulté s’applanissait-elle
soudain quand vous la lui aviez confiée? Au moment de son opération,
j’étais moi-même à l’hôpital. Quand
j’ai su ce qui lui arrivait, j’ai été très
impressionnée. Je constate maintenant qu’une page de ma vie
s’est tournée alors, le passé a disparu et j’ai
pris un nouveau départ… Simple coïncidence? Je ne sais.
Il faudrait encore parler de la manière dont il célébrait
l’Eucharistie, chaque matin; des petites homélies impromptues
de certains dimanches…
Il aimait parler aussi de personnes qu’il avait connues, préoccupé
de leur bien et se réjouissant de l’évolution positive
des situations. Il était très fidèle aux personnes,
quelles qu’elles soient. Je me rappelle qu’une jeune sœur
de ma congrégration était en train de mourir dans de grandes
souffrances. Il est allé la voir tous les jours, et l’a beaucoup
aidée. Il était d’un grand dévouement. Pendant
longtemps, il est allé confesser tous les dimanches matins à
San Luca, dans la périphérie de Rome.
Su un tout autre registre, j’ai eu des échos des repas du soir
à la Grégorienne et d’une table de francophones où
l’on n’avait pas l’air de s’ennuyer. Opinions politiques
ou sportives, échanges fraternels et spirituels, c’était
une aide certaine pour celui qui me parlait souvent de ce «club du
Figaro».